A l'Assemblée, le RN maître de l'ordre du jour mais mis d'emblée en minorité

Des thèmes consensuels pour tenter de marquer des points: pour sa journée réservée à l'Assemblée, le Rassemblement national espérait mettre ses adversaires dans l'embarras. Mais malgré le soutien de la droite, le plan s'est heurté dès le premier texte à un barrage de la gauche et du centre.

Au milieu de son groupe au grand complet, Marine Le Pen souhaitait revendiquer une victoire forcément symbolique, à un peu plus de six mois de la présidentielle. Sa proposition de résolution sur l'accès à l'eau potable en outre-mer avait été conçue pour ça: un texte pavé de bonnes intentions et sans valeur contraignante - ni possibilité d'amendement, pour aller vite au vote.

La désillusion est tombée sur les coups de 10H30: par 160 voix contre 156, le RN a échoué à le faire adopter.

L'an dernier, il avait fait voter une résolution visant à dénoncer l'accord franco-algérien de 1968, une première historique à l'Assemblée pour un texte porté par le parti lepéniste.

Cette fois encore, l'extrême droite a pu compter sur les voix de la droite, mais les députés LR et Horizons étaient trop peu mobilisés pour faire pencher la balance. En face, la gauche a multiplié les prises de parole, le temps de battre le rappel des troupes occupées en commission sur le budget.

Le socialiste guadeloupéen Elie Califer a critiqué "un texte d'affichage", la communiste réunionnaise Karine Lebon "une résolution digne d'un concours de Miss France", quand son co-insulaire insoumis Jean-Hughes Ratenon a martelé que LFI "ne danse pas au bal des hypocrites".

Dans le bloc central aussi, l'élu Renaissance Pierre Cazeneuve a fustigé "une escroquerie", et la MoDem Carole Guillerm dénoncé une "méthode qui ne fait pas couler une goutte d'eau de plus (mais) alimente la défiance envers l'Etat".

En retour, le RN Yoann Gillet a accusé "la gauche et les macronistes" de "traiter nos concitoyens d'outre-mer comme des Français de seconde zone" et leur a prédit qu'ils en paieront le prix: "Vous devrez répondre de votre trahison à vos électeurs". Son collègue Laurent Jacobelli ne cachait cependant pas son amertume après un vote qui selon lui "montre bien la petitesse d'esprit de certains".

Au contraire, requinquée, la communiste Emeline K/Bidi a promis de "s'évertuer tout au long de la journée à résister à ce parti".

- Panthéon et ZFE -

La suite du programme l'a confirmé: une deuxième résolution sur la "priorité nationale" dans la commande publique a été balayée, par 187 voix contre 151. Celle sur la création d'une "double frontière" contre l'immigration a également des chances de réactiver les mêmes clivages.

Le jeu semble plus ouvert concernant la demande de panthéonisation de plusieurs personnalités, dont Olympe de Gouges, autrice de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne. Même si une pétition signée par des universitaires spécialistes de cette figure de la Révolution a dénoncé une tentative du RN de "se grimer" ainsi en formation féministe.

Le parti d'extrême droite mise néanmoins sur ces initiatives pour se donner de l'élan et faire oublier la polémique qui vise depuis dix jours son président Jordan Bardella, accusé d'écrits de jeunesse antisémites - ce qu'il dément farouchement.

La gauche ne s'est pas privée d'évoquer l'affaire à plusieurs reprises dans la matinée. Un simple échauffement avant de probables passes d'armes plus vives dans l'après-midi et la soirée, quand arrivera la proposition de loi sur les zones à faibles émissions contre les voitures polluantes.

Un sujet sur lequel une partie du bloc central, la droite, et même La France insoumise pourraient se retrouver en difficulté, puisque alignées sur le même objectif.

Initiées en 2019, ces zones entendent limiter les émissions de particules fines, responsables de maladies respiratoires et de décès. Mais elles font l'objet de critiques dépassant les clivages politiques, notamment au nom de la défense des ménages n'ayant pas les moyens de changer de véhicule.

L'Assemblée a voté récemment pour leur suppression à l'occasion de l'examen d'une loi sur la simplification, mais le Conseil constitutionnel n'a pas validé cette décision.