L'aérien part au combat contre les projets fiscaux du gouvernement

Le secteur aérien en France s'engage dans un combat difficile pour convaincre les parlementaires de s'opposer à la fiscalité plus lourde proposée par le gouvernement, qui selon la profession "détruit de l'activité".

Lors de la semaine de la présentation du projet de loi de finances, compagnies aériennes et aéroports sont allés de déconvenue en mauvaise surprise.

"Au vu de nos échanges avec les différents ministères, on était persuadé qu'il y aurait une pause fiscale", étant donné la hausse brutale du prix du kérosène depuis mars, dit à l'AFP le président de l'Union des aéroports français, Thomas Juin. Mais on en est loin.

L'UAF a dénoncé dans un communiqué vendredi "l'aberration d'une nouvelle escalade fiscale".

"Une telle proposition d'augmentation de fiscalité paraît inconséquente après sept mois de crise au Moyen-Orient et un niveau de prix du kérosène ayant doublé", déplore la Fédération nationale de l'aviation et de ses métiers (FNAM), interrogée par l'AFP.

Trois mesures sont proposées pour augmenter la contribution de ce secteur économique aux recettes de l'État.

- Un allié au Parlement -

La taxe sur l'exploitation des infrastructures de transport de longue distance (TEITLD), qui frappe les bénéfices des exploitants d'aéroports et sociétés de concessions d'autoroutes, doit passer d'un taux unique de 4,6% à un taux progressif grimpant jusqu'à 12,2%.

En 2025, elle a coûté 140 millions d'euros à Groupe ADP, l'exploitant des aéroports parisiens.

Cette entreprise a "refacturé 100 millions d'euros aux compagnies aériennes dont 60 millions d'euros aux seules compagnies françaises", a souligné l'organisation professionnelle des compagnies aériennes françaises (hors Air France), le Scara.

"Si le triplement de cette taxe en 2027 se confirme, elle coûtera 300 millions d'euros aux compagnies aériennes", a-t-il déploré dans un communiqué.

Sur ce sujet, l'aérien a un allié au Parlement : le sénateur centriste Vincent Capo-Canellas. "L'État, qui touche les dividendes d'ADP, se taxe lui-même ! Le gouvernement est en train de détruire de la valeur et d'affaiblir l'économie", déclarait cet élu de Seine-Saint-Denis à La Tribune mercredi.

Deuxième piste proposée par le gouvernement : une "contribution" payée par les fournisseurs de kérosène, en fonction de leur part de marché, afin de financer le développement de projets dans les carburants durables (non fossiles).

Pour le secteur, aucun doute à avoir : les groupes pétroliers qui dominent ce marché répercuteront l'effet de cette taxe dans leurs tarifs, si bien que les compagnies aériennes paieront.

- Déficit de popularité -

Enfin, troisième proposition fiscale : le relèvement du tarif de sûreté et de sécurité (T2S), une taxe acquittée par les passagers, à 22 euros, contre 20 euros en 2026, et son extension aux aéroports de moins de 700.000 passagers par an.

"Cette hausse (...) menace l'attractivité des plateformes et la pérennité de certaines dessertes", selon l'UAF.

L'aérien souffre d'un déficit de popularité dans l'opinion, étant souvent perçu comme un moyen de transport de privilégiés. Il s'en défend avec des chiffres qui indiquent que les passagers des TGV sont aujourd'hui plus fortunés en moyenne que ceux des avions.

Il a aussi mauvaise presse dans la crise climatique, l'aviation étant une mauvaise élève de la réduction des émissions de CO2.

Néanmoins, le transport aérien va plaider sa cause. "Nous comprenons les difficultés auxquelles fait face le pays, mais nous avons atteint un niveau de taxation qui détruit de l'activité", affirme Thomas Juin.

Il prévient : "Qu'on pense aux conséquences quand des territoires enclavés, autour d'aéroports comme Brive, Brest, Caen, Limoges, Bergerac, vont voir des compagnies aériennes partir à cause la fiscalité. Un motif d'insatisfaction dans ces régions est déjà le manque de liaisons".

hh/ak/fio