La volonté de relancer l'activité minière en Europe fait craindre pour l'environnement

Faut-il alléger les réglementations environnementales au nom de la réduction des "dépendances stratégiques" de l'Europe? Des défenseurs de l'environnement s'inquiètent, alors qu'Emmanuel Macron s'est rendu mercredi sur un projet de mine dans l'Allier pour défendre cette volonté européenne de "souveraineté".

. Pourquoi des mines?

Le président français s'est rendu mercredi à Échassières (Allier) sur le site d'un projet de mine de l'entreprise Imerys, devant produire à horizon 2030 suffisamment de lithium pour équiper les batteries de 700.000 véhicules électriques par an.

Le site ne produit pas encore de lithium et Imerys cherche des partenaires susceptibles de financer les opérations. Mais l'Elysée fait du projet "Emili" une "incarnation de nos objectifs de souveraineté", illustrant "concrètement la réduction des dépendances stratégiques européennes".

Pendant des décennies, la France et l'Europe ont largement externalisé l'extraction et la transformation des minerais essentiels au fonctionnement de leur économie.

Mais les tensions géopolitiques et les restrictions d'exportation de certains matériaux poussent les autorités à tenter de relancer ces activités sur place.

. Pourquoi accélérer?

Au niveau européen, la Commission européenne a dévoilé en mars 2025 une liste de 47 projets d'extraction, de transformation ou de recyclage de terres rares et métaux stratégiques.

Mais cela ne se fait pas d'un claquement de doigts: les professionnels considèrent que l'ouverture d'une mine peut prendre entre 10 et 15 ans, et le délai est souvent allongé par les différentes étapes réglementaires à franchir.

L'initiative européenne doit permettre d'"assurer un calendrier prévisible pour obtenir un permis", espère Florian Anderhuber, de l'organisation professionnelle européenne Euromines.

Le gouvernement français entend aussi accélérer l'aboutissement de projets industriels et agricoles jugés stratégiques, alors que les professionnels déplorent régulièrement des lenteurs administratives.

. Quels précédents?

Mais relancer l'exploitation minière n'est pas une mince décision. A 500 km au sud d'Echassières, près de Carcassonne, la mine de Salsigne (Aude) a sorti de terre 120 tonnes d'or entre 1926 et 2004. Mais aussi produit 28 millions de tonnes de déchets, chargés notamment en arsenic, témoigne François Espuche, de l'association Gratte Papiers.

Et quand il pleut, "l'eau percole comme sur du café en se chargeant de pollution", avant d'aller rejoindre rivières et nappes phréatiques, poursuit le militant.

La situation a valu à l'Etat, gestionnaire de la mine pendant une certaine période, d'être condamné en juillet 2025 par le tribunal administratif de Montpellier (Hérault). Le préfet de l'Aude a fait appel.

Les exploitants miniers assurent que les processus se sont améliorés depuis, et que le cadre législatif a évolué en leur imposant de prévoir l'avenir du site avant même l'obtention du permis.

. Quelle inquiétude sur l'eau?

Mais la question de l'eau reste un sujet épineux.

Pour l'association SystExt ("Systèmes extractifs et environnements"), c'est le "milieu le plus affecté par l'industrie minérale, quel que soit le pays considéré et quelle que soit la substance exploitée".

Mi-avril, des associations ont appelé l'Union européenne à "ne pas affaiblir la protection de l'eau", à l'occasion de débats sur une "révision ciblée" de la directive-cadre sur l'eau (DCE).

"Le lobby minier voudrait revoir l'obligation de non-détérioration" des cours d'eau, ce qui pourrait ouvrir "la porte à des rejets de polluants", s'alarme Claire Baffert, spécialiste du sujet pour l'association WWF.

"La directive n'est pas mauvaise, mais différents facteurs déterminent si l'eau est en bon état ou non, et dès qu'un seul facteur se détériore, l'ensemble est considéré comme détérioré", détaille Florian Anderhuber, d'Euromines. Il assure qu'"avec une telle interprétation, l'exploitation minière devient pratiquement impossible".

WWF répond que les délais dans l'obtention de permis ne sont pas tant liés à cette directive qu'à des questions administratives ou à des "oppositions locales", très fréquentes face aux projets miniers.

"Sans résilience de l'eau, sans des écosystèmes aquatiques sains, aucune activité économique ne peut non plus être menée", plaide pour sa part Lucille Labayle, de l'ONG Surfrider.

Des associations, mais aussi des acteurs de traitement de l'eau ou des syndicats professionnels de l'agroalimentaire ont plaidé, dans un courrier à la Commission début avril, pour une "stabilité réglementaire", "condition essentielle pour permettre les investissements à long terme et attirer les capitaux".

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