La vague de chaleur régresse, des questions sur la préparation aux prochaines

La vague de chaleur d'une précocité inédite qui a frappé la France devrait toucher à sa fin durant le week-end, laissant sur son passage des préoccupations quant au niveau de préparation du pays aux prochaines canicules, à trois semaines du début de l'été.

La vigilance orange à la canicule concerne 10 départements samedi, contre 11 vendredi, prévoit Météo-France, se concentrant désormais en Ile-de-France ainsi qu'en Charente, Charente-Maritime, Gironde, Maine-et-Loire, Deux-Sèvres et Vendée.

"Les plus fortes chaleurs se décalent sur l'est du pays qui était très relativement épargné par ce phénomène", a relevé Nemo Pawlowski, prévisionniste à Météo-France, au cours d'une conférence de presse vendredi.

En parallèle, "on voit déjà les températures plus fraîches arriver depuis l'océan Atlantique avec des stations comme Brest", a-t-il ajouté, disant anticiper que "le rafraîchissement à l'échelle nationale se confirme" dimanche.

- Carte verte dimanche -

"Si les prévisions se confirment dimanche matin (...) la carte devrait être verte pour l'aléa canicule", signe de la fin de l'épisode, a indiqué Clémence Pierangelo, permanencière de prévision à Météo-France, lors du même point presse.

La vigilance jaune aux orages est quant à elle étendue samedi à 30 départements contre 24 la veille, principalement sur la partie nord du pays dont l'Ile-de-France, ainsi que sur une partie du sud-est du pays.

Sous l'effet d'un "dôme de chaleur" qui bloque l'air chaud venu d'Afrique du Nord, l'Europe de l'ouest a subi une vague de chaud inédite pour un mois de mai, avec des températures record enregistrées dans plus de la moitié du pays selon Météo-France qui a qualifié ce phénomène de "colossal".

Jeudi le record de chaleur pour un mois de mai en France a été battu avec 37,8°C, en Charente.

Comme lors de chaque épisode de chaleur, la question de l'impréparation de la France au réchauffement climatique s'est posée toute la semaine et plusieurs membres de l'opposition, d'ONG, et certains scientifiques ont mis en avant les failles françaises.

Ce d'autant qu'il est "fort probable" que la France expérimente de nouvelles vagues de chaleur cet été, a affirmé jeudi Matthieu Sorel, climatologue à Météo-France, tout en précisant que cette vague "ne présage en rien de la suite de l'été".

La France a présenté en mars 2025 son plan national d'adaptation au changement climatique doté d'une cinquantaine de mesures: un fonds d'indemnisation pour les catastrophes, la protection des travailleurs en cas de fortes chaleurs, des travaux sur les transports, l'agriculture... Le gouvernement a annoncé en février avoir enclenché 80% des mesures.

- Pas à la hauteur -

"Le plan n'est pas encore à la hauteur des enjeux", affirme toutefois auprès de l'AFP Vincent Viguié, économiste spécialisé dans le climat et l'environnement au Centre international de recherche sur l'environnement et le développement (CIRED), selon qui "c'est un plan qui pose beaucoup de diagnostics mais il y a très peu de mesures, notamment de mesures budgétées".

Le gouvernement a défendu son action, après une réunion jeudi lors de laquelle le Premier ministre Sébastien Lecornu a fait passer le message, selon des participants, que ce n'était pas à l'Etat de tout gérer - le bâti scolaire, par exemple, relève des collectivités.

Le ministre délégué à la Transition énergétique Mathieu Lefèvre a lui estimé, lors d'une visite d'un internat rénové à Aix-en-Provence, qu'"il fa(llait) aussi poursuivre notre adaptation aux changements climatiques" au-delà des situations d'urgence, rappelant qu'un "effort extrêmement important" a déjà été fait.

Il est encore difficile d'évaluer les conséquences de cette vague, notamment les effets spécifiques de sa précocité sur un secteur comme l'agriculture, ou d'avoir une évaluation sur les pertes économiques engendrées.

Mais les difficulté d'adaptation se sont traduites cette semaine par des annulations de trains de la SNCF entre Paris et le Sud-Ouest ainsi qu'entre Bordeaux et Marseille par crainte de pannes de climatisation, ainsi que par la mise à l'arrêt de six lignes de tramway à Bordeaux vendredi matin en raison d'une coupure de courant.

Des écoles et des crèches ont aussi été contraintes de fermer, notamment à Paris et dans les Landes, du fait des températures dans les classes.