La rentabilité d'EDF affectée par les canicules et les prix bas de l'électricité

L'électricien public EDF, qui devra investir massivement dans le programme nucléaire français ces prochaines années, anticipe une baisse de sa rentabilité en 2026, pénalisé par la faiblesse des prix et l'impact des vagues de chaleur sur sa production d'électricité.

Le groupe, bras armé de l'Etat français pour décarboner l'économie et participer à l'atténuation du changement climatique, a vu son bénéfice net diminuer de 4,4% à 5,2 milliards d'euros au 1er semestre, affecté par la baisse des prix de marché de l'électricité.

Son chiffre d'affaires a aussi reculé, de 3,3% à 57,45 milliards d'euros, en dépit d'une nette hausse, de l'ordre de 8 TWh, de la production nucléaire en France. Le groupe a par ailleurs acquitté 500 millions d'euros d'impôts et de taxes supplémentaires, essentiellement au titre de la contribution exceptionnelle sur les bénéfices.

La baisse des prix auxquels EDF vend son électricité sur les marchés ne fait pas les affaires du groupe, cheville ouvrière de la relance du nucléaire français, appelé à construire six nouveaux réacteurs EPR2 pour un coût de construction qu'il estime à 72,8 milliards d'euros, alors qu'il est déjà lourdement endetté.

Afin de réduire son endettement, le groupe va céder la branche de ses activités renouvelables en Amérique du Nord: cette cession "pourra intervenir au cours du second semestre 2026", a indiqué vendredi lors d'une conférence de presse le PDG Bernard Fontana.

Sur l'ensemble de l'année 2026, EDF, détenu à 100% par l'Etat, prévoit un Ebitda (bénéfice avant intérêts, impôts et amortissements), un indicateur de rentabilité, en recul "de l'ordre de 10%".

En début d'année, il anticipait un Ebitda "en léger retrait", en raison des marchés en berne. Mais la succession de vagues de chaleur précoces et intenses depuis fin mai et leurs effets sur les productions tant nucléaire qu'hydraulique ont conduit le groupe à "affiner" cette projection.

Un des deux réacteurs de la centrale nucléaire de Golfech, à une centaine de kilomètres au nord-ouest de Toulouse, est actuellement à l'arrêt du fait des hautes températures, tout comme un réacteur de la centrale ardennaise de Chooz, a rappelé le PDG Bernard Fontana, lors d'une présentation des résultats. D'autres réacteurs pourraient être mis à l'arrêt dès ce weekend.

En vue de limiter les dégâts sur les écosystèmes aquatiques provoqués par la chaleur des eaux de refroidissement rejetée par les centrales, l'Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) fixe pour chaque site des limites de température de l'eau. Celles-ci obligent EDF à abaisser dans certaines circonstances le niveau d'activité de ses centrales.

- Objectif maintenu pour la production nucléaire -

En outre, ces vagues de chaleur pénalisent la production d'électricité d'origine hydraulique, du fait de la moins bonne disponibilité de la ressource en eau.

Ces conséquences du changement climatique provoqué par les émissions de gaz à effet de serre d'origine humaine - avec l'utilisation massive des énergies fossiles -, sonnent comme un rappel de la nécessité de réduire ces émissions.

Dans cette optique, le gouvernement a présenté en avril un plan d'électrification de l'économie comportant 22 mesures visant également à renforcer la souveraineté énergétique du pays, un impératif remis sur le devant de la scène par la guerre au Moyen-Orient.

M. Fontana a d'ailleurs réitéré vendredi son ambition d'"accompagner l'électrification des usages".

Il a rappelé qu'EDF avait mobilisé "350 millions d'euros" à cette fin, notamment en facilitant l'accès des clients à des solutions de chauffage et de rafraîchissement "à la fois compétitives et bas carbone, également pour la mobilité électrique et pour les entreprises et les industries".

Pour ces dernières, EDF porte un projet de petit réacteur nucléaire modulaire (SMR). Un projet dont Bernard Fontana a indiqué vendredi vouloir ouvrir le capital à des partenaires européens: "ce qu'on souhaite, c'est en faire un standard européen (...) qui soit compétitif (...) et donc on est prêt à ouvrir et même à devenir minoritaire dans ce réacteur".

En dépit de ces épisodes climatiques extrêmes, le groupe a maintenu une estimation comprise entre 350 et 370 TWh pour 2026 et 2027 de la production nucléaire française.

Afin de conforter cette production, EDF compte investir 8,7 milliards d'euros d'ici à 2040 pour adapter ses installations au changement climatique.

"Nous investissons dans notre outil industriel et accélérons le déploiement de notre programme d'adaptation au changement climatique, tout en développant les compétences et la formation de nos équipes", a conclu M. Fontana.