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La "relance verte": un thème populaire, une politique à mettre en oeuvre

Des grands patrons jusqu'au ministre de l'Économie, les appels à "verdir" l'économie se multiplient, un concert inédit qui devra encore se concrétiser dans le plan de relance du gouvernement attendu à l'automne.

Bruno Le Maire l'a assuré à l'Assemblée nationale, devant la commission des affaires économiques fin avril: "Ce serait une erreur historique (...) de bâtir une relance bâclée, trop rapide, avec des énergies fossiles. Ma conviction est faite, nous devons accélérer la transition énergétique".

Il vient de publier un petit livre sur le sujet, où il parle d'investissements en faveur des véhicules électriques, du "renouvellement de [la] flotte aérienne" du pays, de rénovation des bâtiments et de technologies de stockage.

Le ministre a de nouveau consulté mercredi le Haut Conseil pour le climat (HCC). "Il est très à l'écoute, on a eu un dialogue très constructif", a dit à l'AFP sa présidente, la climatologue Corinne Le Quéré.

Huit autorités de régulation françaises se sont aussi engagées à faire du climat une priorité commune (AMF, Autorité de la concurrence, Arcep, ART, Cnil, CRE, CSA et Hadopi), dans un communiqué publié mardi.

Ainsi se dessine le futur plan en faveur de l'économie française? "Je ne veux pas faire de procès d'intention, on attend de voir, mais ce n'est pas un chèque en blanc", commente l'économiste Alain Grandjean, membre du HCC et président de la Fondation Hulot.

Dans l'immédiat, le plan gouvernemental d'urgence déjà adopté pour soutenir Air France devrait aussi aider la SNCF et le fret ferroviaire, relève-t-il.

Pendant la crise, le réchauffement climatique se poursuit, annonciateur d'impacts massifs pour les économies comme les écosystèmes. Si les émissions de gaz à effet de serre ont décru avec le confinement, les experts mettent en garde contre un rebond à sa levée.

Même si les émissions ont reculé depuis 1990, notamment dans l'industrie manufacturière, la France est en retard sur ses objectifs. Les transports, le résidentiel tertiaire, l'agriculture sont premiers contributeurs et ce bilan n'inclut pas l'empreinte des importations.

Une situation qui appelle des mesures d'un vert soutenu.

Pour Jean-Marc Jancovici, président du "think tank" Shift Project, "il y a en ce moment un facteur de risque, car la façon la plus commode serait de faire repartir l'économie à l'identique".

"La sobriété n'est pas compatible avec la relance telle qu'on la voit classiquement, c'est-à-dire la croissance", dit l'ingénieur, dont le groupe de reflexion compte proposer un plan.

"Mais il y a un côté optimiste, ajoute-t-il: cette crise met certains décideurs dans des dispositions augmentées pour démarrer quelque chose de nouveau. Ça peut développer ce sentiment diffus qu'on était dans un système à bout de souffle, on sent une appétence".

- Patronat divisé -

Plusieurs études parues cette semaine, à Oxford sous la houlette du prix Nobel Joseph Stiglitz et à Paris, soulignent que la transition écologique est un moyen de sortir de la crise, de créer des emplois. Et les ONG mettent la pression.

Moins attendus, près d'une centaine de grands patrons ont appelé, dans une tribune parue dans Le Monde, à "mettre l'environnement au coeur de la relance". D'autres ont signé un appel européen à une "Green recovery".

Parmi eux, le PDG de Veolia, géant des services à l'environnement. "On peut tout à fait concilier une croissance économique raisonnée, raisonnable, en travaillant proprement", dit à l'AFP Antoine Frérot, qui souligne que la Seine en 1975 hébergeait en été trois espèces de poissons, contre 45 aujourd'hui.

Parmi les pistes prioritaires, il suggère de soutenir une énergie renouvelable "insuffisamment exploitée": les déchets non recyclables (les CSR). Quant aux déchets organiques, "ils pourraient fertiliser la totalité de la France". "Et cela ferait du bien à la balance commerciale".

Selon les secteurs cependant, le tournant est moins aisé. Les producteurs d'énergies fossiles sont sous pression, comme les producteurs de plastiques.

Et au sein du patronat, des divisions se font jour. Début avril, le Medef demandait à la ministre de l'Écologie un moratoire sur l'application de la loi économie circulaire et sur les zones à circulation restreinte en centre-ville. Une requête dénoncée par la fédération patronale du Conseil, de l'ingénierie et du numérique (Cinov), qui dresse un parallèle avec la crise du Covid-19, "événement prétendument imprévisible".

Les défenseurs du climat ne disent pas autre chose.

"La crise sanitaire a montré que nous n'avions pas assez lu les alertes des épidémiologistes sur les virus. Sur le changement climatique, le tocsin est sonné depuis longtemps, et nous savons quoi faire", souligne l'économiste Alain Grandjean.

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