La récolte de blé 2026 attendue en baisse de 4% en France, sous l'effet des canicules

La production française de blé est attendue en baisse en 2026, à 32 millions de tonnes, après une récolte très précoce et réalisée sous des températures caniculaires, selon les premières estimations du ministère de l'Agriculture publiées jeudi.

En dépit d'une augmentation des surfaces cultivées de la céréale du pain en France, première puissance céréalière d'Europe, la moisson est en repli de 4% par rapport à 2025, pour un rendement moyen plus faible, directement lié à la dégradation des conditions de culture en fin de cycle "avec les épisodes caniculaires successifs", selon le service statistique du ministère, Agreste.

"On a une moisson très précoce. Chez moi en Champagne, j'ai terminé vendredi dernier, on n'a jamais connu ça", a déclaré à l'AFP Benoît Piétrement, président de l'interprofession Intercéréales et du conseil spécialisé sur les grandes cultures à l'établissement public FranceAgriMer.

"On a travaillé dans des conditions caniculaires exceptionnelles, avec des restrictions dans certains départements où la moindre étincelle de la moissonneuse-batteuse pouvait déclencher un feu", a-t-il souligné.

"On a essayé de récolter le soir et tôt le matin. D'habitude, on ne moissonne pas avant 11h à cause de l'humidité. Mais là, il n'y a plus de rosée du matin", a-t-il raconté.

Les conditions de culture ont été très bonnes jusqu'en mai et au début des vagues de chaleur précoces, qui ont accéléré la récolte des céréales, de l'orge puis du blé.

Cette année, la récolte est marquée par une "bonne qualité" des grains, mais un rendement très hétérogène selon les territoires, a déclaré M. Piétrement.

- "Quatrième mauvaise année" -

Le rendement moyen provisoire s'établit à 69,3 quintaux par hectare - contre 74,2 q/ha en 2025, selon Agreste. Une baisse qui pèse sur la production alors que les surfaces cultivées (4,6 millions d'hectares) ont augmenté de 3% sur un an en blé.

La production d'orge (hiver et printemps) est en recul de 6% sur un an, à 11 millions de tonnes, pénalisée par les rendements en baisse de l'orge de printemps (-36%) qui a souffert des épisodes de forte chaleur.

Les régions du tiers nord du pays restent celles qui offrent les plus hauts rendements de blé tendre. Les départements de production les plus touchés par la baisse des rendements sont la Vendée et ceux de Poitou-Charentes (globalement -17%), du Grand Est (-9%) et de Bourgogne-Franche-Comté (-10%), régions où les conditions de cultures ont été les plus défavorables, avec l'Occitanie.

Globalement, la production de céréales à paille (blé, orge, avoine, seigle, triticale) reculerait de près de 5% sur un an, à 46,3 millions de tonnes. "Toutes les productions seraient en baisse, à l'exception du seigle et du triticale", qui pèsent ensemble moins de 2 millions de tonnes et ont vu leurs surfaces augmenter, selon Agreste.

La production de colza, un oléagineux valorisé pour son huile et la production d'agrocarburant, est attendue "stable" à 4,6 millions de tonnes: "la forte progression des surfaces cultivées (+12%)", liée notamment à la rentabilité de cette culture, "compenserait le recul du rendement".

L'inquiétude majeure porte sur le maïs, avec des surfaces cultivées en baisse de 20% sur un an, une tendance aggravée par le changement climatique, et une production qui s'annonce "catastrophique", selon la principale association de producteurs (AGPM).

Le maïs, dont 25% des cultures sont irriguées en France contre une moyenne nationale de 7% pour l'ensemble des productions végétales, est entré en période de floraison en pleine canicule. En cas de trop forte chaleur, le pollen grille, aucun grain ne se forme et il n'y a pas de remplissage des épis.

La production du grain jaune est attendue en repli d'au moins 30% en France, à 9,5 millions de tonnes, soit le plus bas niveau depuis 26 ans, selon l'AGPM, qui redoute des pertes de 100% dans certaines parcelles non irriguées.

"Pour les céréaliers, c'est une quatrième mauvaise année de suite, avec des prix qui sont toujours trop bas sur les marchés internationaux", en dépit d'une légère hausse des cours ces derniers jours, a relevé Benoît Piétrement.