La Nuit de la solidarité à Paris, bien plus qu'un décompte des sans-abri

Devant la mairie du 11e arrondissement de Paris, six bénévoles se lancent dans une marche nocturne en cette "Nuit de la solidarité". Carte et questionnaire en main, ils recensent des personnes sans-abri, cherchant à mieux connaître leur situation et leurs besoins.

Entre 2022 et 2025, le nombre de personnes à la rue dénombrées dans le cadre de cette opération annuelle est passé de 2.600 à plus de 3.500 dans la capitale, où les campements se sont multipliés.

Le sujet est un thème de la campagne des municipales à Paris. S'il devient maire en mars, le candidat de gauche Emmanuel Grégoire a ainsi promis d'engager un "grand plan d'hébergement d'urgence avec une obligation de résultat: zéro enfant à la rue à l'hiver 2026".

Jeudi soir, 9e Nuit de la solidarité. Une mission municipale se met en mouvement dans une zone qui s'étend de la place de la République à l'avenue Parmentier. Équipé de chasubles bleues, le groupe arpente les rues à la recherche de ceux qui ce soir-là sont sans toit.

Emmitouflés dans des sacs de couchages, recroquevillés dans des tentes, debout en errance... Les bénévoles ont compté plus de 20 Parisiens sans domicile fixe dans leur secteur, un chiffre similaire à celui de l'an dernier.

Jacques Pisarik, membre de l'observatoire du Samu social de Paris, ne limite pas l'initiative à un simple décompte. Le chercheur souligne l'intérêt "d'avoir une meilleure connaissance du public" concerné.

Les bénévoles interrogent les personnes rencontrées sur les démarches qu'elles ont pu entreprendre pour trouver de l'aide, le passage des maraudes, leur quotidien.

"Avez-vous un téléphone pour appeler le 115 ?"

"Vous n'étiez pas en centre d'hébergement quand il a neigé ?"

"Comment faites-vous pour manger ?"

Les membres du groupe échangent dans différentes langues, s'accroupissent pour être à la hauteur des regards et hochent la tête en signe d'écoute active.

- "Sentiment d'impuissance" -

Tous s'évertuent à toucher un large éventail de personnes souvent confrontées à "la barrière de la langue" et à un manque de considération, se remémore Suliman, 24 ans, qui n'a pas souhaité donner son nom de famille. Désormais, il est acteur d'une action dont il a lui-même bénéficié.

"On est là pour lutter contre l'indifférence", confie aussi Sofiane, qui en est déjà à sa sixième Nuit de la solidarité. Trop souvent, "on s'habitue à la personne en bas de chez nous", déplore-t-il, tête baissée.

A deux pas d'un hôtel, Elsa, cheffe de file désignée par la Ville, tombe sur une scène traduisant une grande pauvreté.

Tentes, gobelets vides et matelas s'amoncellent sur le même trottoir humidifié plus tôt par la pluie. La référente demande à "sortir les fiches groupes" pour établir un recensement précis.

"Je multiplie les démarches administratives mais on me refuse toujours l'asile", témoigne Soumahoro, assis sur un banc à proximité. Le jeune homme raconte avoir quitté la Côte d'Ivoire pour la France en 2021.

L'empathie ne protège pas les bénévoles d'un "sentiment d'impuissance", relève Jacques Pisarik. En cas d'urgence, ils ne peuvent qu'orienter les publics vers des structures chargées de "trouver une solution d'hébergement en 72 heures".

La mairie n'inspecte pas les parkings privés, les gares et les stations de métro, qui ne sont pas de son ressort. Mais elle va mutualiser ses chiffres avec les données d'autres structures, telles que la RATP, pour obtenir la photographie la plus juste possible de la situation des sans-abri.

Le bilan de la 9e Nuit de la solidarité, dans la capitale et à l'échelle de la métropole du Grand Paris, devrait être publié dans trois semaines.