La métropole de Rouen porte plainte contre BASF pour pollution aux PFAS

La métropole Rouen Normandie a déposé plainte contre l'entreprise BASF pour ses rejets "massifs" dans la Seine de polluants éternels, en l'occurrence le TFA, a-t-elle annoncé vendredi.

Dans un courrier au procureur de la République de Rouen en date du 30 juillet 2026 et consulté par l'AFP, la métropole annonce porter plainte contre l'entreprise BASF Agri Production, confirmant une information de Paris-Normandie.

S'appuyant sur des rapports de la Surfrider Foundation et de l'association Générations Futures, la plainte de la métropole avec constitution de partie civile accuse le site de déverser dans la Seine des rejets "massifs", présentant "des concentrations élevées en PFAS, TFA".

Contacté par l'AFP, BASF a expliqué n'avoir "pas connaissance à ce stade du contenu d'une plainte" dont le groupe en a été informé "par les médias".

La direction du site BASF de Saint-Aubin-lès-Elbeuf, au sud de Rouen, se dit "fortement engagée à réduire ses émissions de TFA dans l'eau" et indique respecter "les limites fixées par la Préfecture et la DREAL". La direction assure aussi que "le site a réduit de plus de 90% ses rejets", permettant le maintien d'une "activité industrielle importante".

Classée Seveso seuil haut, cette usine produit notamment le Fipronil, un insecticide utilisé en agriculture et dans le domaine vétérinaire, interdit en Europe mais exporté vers le Brésil.

Les infractions visées par la métropole de Rouen sont celles d'atteinte aux poissons et aux espèces protégées, de pollution des eaux et du milieu naturel, ainsi que de faute d'imprudence ou de négligence.

Le TFA (acide trifluoroacétique) est une molécule très persistante issue de la dégradation de certains "polluants éternels", les PFAS, substances présentes dans des pesticides, des revêtements anti-adhésifs de poêles, des mousses anti-incendie ou encore des cosmétiques.

Si le TFA ne fait pas partie des 20 PFAS faisant l'objet d'une limite de concentration maximale par l'Union européenne, sa toxicité tend à être démontrée par plusieurs études.

En janvier 2021, la société Bayer CropScience informait la Commission européenne d'une étude sur la toxicité pour le développement chez le lapin.

En juin 2026, le Comité d'évaluation des risques de l'ECHA, l'agence européenne des produits chimiques, a rendu un avis dans lequel elle le considère comme toxique pour la reproduction, selon la métropole.

De son côté, l'Institut national de la santé publique et de l'environnement néerlandais propose de fixer une norme à 2,2 ?g/L en milieu naturel, soit près de 13.000 fois moins que ce qui a pu être détecté à la sortie de la station d'épuration à Saint-Aubin-Lès-Elbeuf lors d'une campagne d'analyses en 2024, un "record de France", à l'époque.

En juin 2025, un collectif de sept associations avait déjà déposé plainte contre l'industriel pour cette pollution aux PFAS.

Quelques mois plus tard, plusieurs centaines de manifestants avaient bloqué l'usine BASF de Saint-Aubin-lès-Elbeuf pour dénoncer la production de pesticides et des rejets de polluants éternels dans l'environnement.