Le répit aura été de courte durée: le mercure grimpe à nouveau dans le pays avec 16 départements en vigilance orange canicule lundi et jusqu'à 40°C attendus localement, un épisode voué à s'étendre quelques jours seulement après une vague de chaleur historique.
Ces températures qui éprouvent les organismes et alimentent le débat sur l'adaptation au changement climatique, s'accompagnent d'un risque d'incendie "très élevé" dans sept départements du sud, dont les Pyrénées-Orientales où un feu a nécessité d'évacuer 10.000 personnes en parcourant 4.600 hectares depuis samedi soir.
En fin de nuit, Météo-France a relevé 20 à 27°C en vallée du Rhône, sur les littoraux méditerranéens et dans le sud-ouest, où "des pointes voisines de 40°C" sont attendues dans la journée, comme à Bordeaux.
Dans un grand ensemble du nord de la ville, des habitants prenaient le frais lundi matin au pied des immeubles, tel Cupson, 40 ans, sorti vers 07H30 pour faire jouer son enfant. "On habite au 11e étage d'une tour, ils ont fait des travaux d'isolation mais en réalité, ça isole du froid. En été, c'est catastrophique, les murs gardent toute la chaleur et ça peut monter jusqu'à 34°C", raconte-t-il.
Pour lui, la climatisation n'est pas une option: "C'est hors de prix, et ça consomme énormément."
Plus au nord, 35°C sont annoncés à Rennes. "Je suis en appartement, je n'ai pas de ventilo mais pas envie d'en acheter pour l'instant (...) Quand on voit les images dans les Lidl, je trouve ça insupportable, c'est la loi du plus fort qui prévaut", déplore Claudie Cognet, 62 ans.
Selon Météo-France, ces "très fortes chaleurs" vont s'accentuer mardi vers le nord et d'autres départements devraient basculer en vigilance orange, 46 sont actuellement en jaune. Ce nouvel épisode, "de moindre intensité que le précédent", est cependant voué à durer.
Il survient après une vague de chaleur qui a fait suffoquer des centaines de millions d'habitants en Europe fin juin. En France, ce mois a été le plus chaud jamais connu, après une première canicule inédite en mai.
- Motion de censure -
Ces épisodes répétés ont conduit les députés écologistes à l'Assemblée à déposer une motion de censure contre le gouvernement Lecornu, auquel ils reprochent d'avoir "aggravé" les "vulnérabilités du pays" face au changement climatique. Le texte est examiné lundi.
Des critiques virulentes avaient émergé dans l'opposition, en juin, contre la lenteur des investissements nécessaires à l'adaptation des écoles ou hôpitaux. Le gouvernement a défendu son bilan, avec la création du Fonds vert en 2023 pour financer les projets des collectivités territoriales, mais dont les dotations ont été lentement réduites.
Dimanche, le Premier ministre a annoncé l'inscription au Sénat d'une proposition de loi sur l'adaptation au changement climatique, mais sans la hausse du Fonds vert que réclamaient les socialistes.
Dans une tribune publiée par le journal Le Monde, plusieurs dizaines de scientifiques français, rejoints par des économistes et des personnalités, réclament "une loi d'urgence climatique" face à ce qu'ils qualifient d'"emprise de l'industrie fossile", responsable du réchauffement climatique à l'origine de la multiplication des vagues de chaleur.
Les canicules à répétition sont un marqueur sans équivoque du changement climatique, principalement causé par la combustion du charbon, du pétrole et du gaz, ont montré les climatologues.
- Sécheresse -
Des secteurs vulnérables, comme la santé, se préparent à ce nouvel épisode caniculaire. La situation justifie "de rester en alerte", a souligné dimanche Nicolas Revel, directeur général des hôpitaux publics parisiens (AP-HP), alors que le nombre de lits ouverts sera réduit pendant les vacances.
Durant la semaine du 22 juin, le nombre de décès a augmenté de 30%, touchant en majorité des personnes âgées vivant souvent à domicile, selon l'agence Santé publique France.
La sécheresse qui frappe certains départements affecte les activités agricoles. "Le cumul d'inondations au printemps, de canicules particulièrement précoces (...) rend les choses inédites", a déclaré lundi le président de la FNSEA, Arnaud Rousseau, sur TF1.
"L'Occitanie a des rendements catastrophiques. Les Deux-Sèvres et les Charentes ont des résultats extrêmement médiocres", a poursuivi le patron du syndicat d'exploitants, évoquant aussi l'hécatombe qui frappe des élevages de volailles.
Les cultures sont aussi sous la menace des incendies, dont le risque est jugé "élevé" dans 41 départements. Celui qui sévit dans les Pyrénées-Orientales n'est pas encore "fixé" et un autre continue de progresser dans la Drôme.