"Exceptionnel, historique, inédit": avec 13 départements en alerte orange canicule et des pointes annoncées à 38-39°C, la France croule sous la chaleur en cette fin mai et l'heure est déjà à la vigilance pour les plus fragiles.
Sous l'effet d'un "dôme de chaleur" persistant, Météo-France a relevé mardi un nouveau record mensuel de température, avec un indicateur thermique national à 24,9°C après 24,6°C lundi, du jamais-vu.
"Sur la majeure partie du pays, le temps reste sec sous un soleil de plomb", écrit l'institut dans son dernier bulletin mercredi. Y compris sur des terres ordinairement fraîches: à Saint-Malo (Ille-et-Vilaine), où 33°C sont annoncés pendant trois jours.
"Il y a quinze jours, on avait rallumé le poêle à la maison parce qu'il faisait frais et là, on n'arrive même pas à faire de courant d'air en ouvrant les fenêtres", constate Manon Made-Coytte, 27 ans, dont la poissonnerie n'ouvrira pas l'après-midi cette fin de semaine.
Dans ce même département, à Rennes, Jean-Baptiste Chamard, 28 ans, a avancé l'heure de son jogging. D'habitude, "j'y vais sur ma pause déjeuner. J'ai anticipé quand j'ai vu que des gens faisaient des malaises", explique-t-il.
Ce phénomène météorologique, qui a déjà provoqué directement ou indirectement la mort d'au moins sept personnes en France selon le gouvernement, est synonyme de températures supérieures de 10 à 15 degrés aux normales saisonnières.
Mercredi, le mercure doit atteindre 30 à 35°C, 37°C localement en Poitou-Charentes et Centre-Val de Loire, 38°C dans l'Aude et en vallée du Rhône, selon Météo-France.
Pour Matthieu Sorel, climatologue de l'institut, l'épisode est "exceptionnel, historique, inédit": "tous les superlatifs sont possibles" pour le décrire.
De l'Angleterre à l'Italie, une partie de l'Europe vit mercredi une nouvelle journée de chaleur inédite pour un mois de mai, qui bouscule les habitudes sur un continent qui se réchauffe plus vite qu'ailleurs.
- "Hyper-vigilance" -
En France, treize départements, de la Manche à la Gironde en passant par le Finistère et les Deux-Sèvres, sont en vigilance orange canicule et une trentaine d'autres en vigilance jaune en ce jour d'activités extrascolaires pour les enfants.
"On va faire attention, faire boire les enfants tous les quarts d'heure", souligne Charlotte Longaive, directrice de centres de loisirs en Gironde, qui s'astreint à une "hyper-vigilance surtout avec les tout-petits".
La prudence est aussi de mise pour les plus âgés. "On fait deux visites aux plus fragiles, en leur disant de bien s'hydrater (...) On adapte les activités, on évite de sortir", explique Caroline Beigbeder, directrice d'une résidence autonome pour seniors à Bordeaux.
"Je sors le matin à 6H00 pour profiter du frais et acheter mon journal. Après, je ne fais que boire et je reste au frais !", confirme Yves Chevalier, 90 ans, qui vit là depuis deux décennies avec son épouse.
Les clubs sportifs sont également sur le qui-vive après de nombreux malaises le week-end dernier.
Simon Amillet, moniteur de tennis à Bègles, dans la banlieue de Bordeaux, a adapté les séances destinées aux enfants mercredi, avec "moins de jeu" et "beaucoup d'arrosage".
Autorités et collectivités prennent des mesures exceptionnelles. Dans la Manche, la préfecture a annulé des activités scolaires de plein air. En Loire-Atlantique, des hébergements sont ouverts aux sans-abri à Nantes et à Saint-Nazaire.
Dans l'agglomération de Strasbourg, la fréquence de lignes de bus et tramway a été réduite "temporairement", la canicule ayant "un impact direct sur le bon fonctionnement des équipements". À Mont-de-Marsan (Landes), des écoles seront fermées jeudi et vendredi après-midi, tandis que les élèves candidats au bac professionnel plancheront sur leurs copies partout en France.
- "Impréparation" -
"On n'est pas dans l'urgence", a estimé mardi soir la ministre de la Santé, Nathalie Rist, ajoutant cependant qu'"il faut se méfier de ces vagues de chaleur".
La secrétaire nationale des Écologistes, Marine Tondelier, s'est dite pour sa part "effarée par le degré d'impréparation du gouvernement", alors que le Premier ministre, Sébastien Lecornu, présidera jeudi une réunion interministérielle sur le sujet.
Les températures se sont envolées depuis une semaine en raison de la présence sur la France et toute l'Europe de l'ouest d'un "dôme de chaleur", zone de haute pression qui bloque l'air chaud en provenance d'Afrique du Nord.
Du fait du changement climatique, essentiellement causé par l'accumulation dans l'atmosphère du CO2 généré par la combustion du charbon, du pétrole et du gaz, les experts rappellent que ces vagues de chaleur sont appelées à devenir de plus en plus fréquentes, intenses et précoces.
La France anticipe un réchauffement moyen de 2,7°C en 2050 et de 4°C en 2100, par rapport aux températures moyennes qui prévalaient avant la révolution industrielle.
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