La France pose les jalons d'une "industrialisation" du réemploi des produits

Faire passer le réemploi des produits au stade industriel: quelque 200 acteurs du secteur ont été réunis mercredi au ministère de la Transition écologique pour tenter de faire sortir de son statut de parent pauvre de l'économie circulaire ce levier de la réduction des déchets.

Ces "assises nationales du réemploi", voulues par Emmanuel Macron lors d'un conseil de planification écologique réuni en mai, doivent permettre de créer une "véritable industrie du réemploi", a déclaré le ministre délégué à la Transition écologique, Mathieu Lefèvre, en ouverture de l'événement.

De mai à septembre, fabricants, distributeurs, reconditionneurs, éco-organismes, ont travaillé à identifier les "freins" au réemploi, dans cinq groupes de travail, consacrés aux filières des équipements électriques et électroniques (EEE), des batteries, de l'ameublement, des mobilités et des équipements médicaux.

Les performances de la France sont très hétérogènes : les données de l'Ademe montrent un taux de 1,5 % de réemploi pour les emballages ménagers, alors que certains emballages professionnels affichent des pourcentages de réemploi à deux chiffres, selon la Fédération professionnelle des recycleurs Federrec.

Dans les équipements électriques et électroniques, "le réemploi a un potentiel colossal", a assuré Claire Bretton, co-fondatrice de la startup Underdog, spécialisée dans le gros électroménager reconditionné.

"Aujourd'hui, sur la téléphonie, on parle d'un marché qui fait 1,8 milliard d'euros" en France, où "un smartphone sur 5 est acheté reconditionné", a-t-elle déclaré, espérant faire suivre "une croissance similaire" au gros et au petit électroménager.

Parmi les freins qu'elle a identifiés : "un accès difficile au gisement" de produits à reconditionner, la concurrence du "neuf à bas prix", les coûts logistiques, mais aussi "le manque de financement", où le manque de confiance des consommateurs "sur la sécurité et la durabilité des appareils".

Le ministre Lefèvre a d'ailleurs relevé, parmi les solutions proposées, une "labellisation du réemploi" pour favoriser la "confiance" des consommateurs, ou un soutien accru des éco-organismes, "pour faire en sorte que le réemploi soit au moins aussi soutenu que le recyclage".

Outre les enjeux de réduction des déchets et de souveraineté, l'industrialisation du réemploi représente un véritable intérêt économique, a souligné Célia Rennesson, fondatrice du réseau Vrac et réemploi, qui a animé le groupe de travail de la filière batteries.

Elle a évoqué l'estimation de "4,3 milliards d'euros" à l'échelle mondiale pour le marché des batteries réemployées issues des véhicules électriques à l'horizon 2030.

Le ministre a donné rendez-vous début 2027 au conseil national de l'économie circulaire pour la remise d'un rapport synthétisant ces travaux, qui servira de base à une "stratégie nationale de planification du réemploi".