Hôpitaux, logements et écoles bientôt invivables et routes impraticables? La vague de chaleur suffocante que traverse la France pose la question des efforts en matière d'adaptation au changement climatique, dans un contexte budgétaire très contraint.
La France est devant "un mur d'investissements", a reconnu mercredi la ministre française de la Transition écologique, Monique Barbut, sur le sujet de l'adaptation à des canicules plus fréquentes.
Malgré certains progrès réalisés dans les politiques publiques, "il y a eu une forme de dépriorisation de l'adaptation", relève François Thomazeau, directeur de programme au groupe de réflexion I4CE, interrogé par l'AFP.
Que fait la France sur l'adaptation?
De l'isolation des logements à la végétalisation en passant par la limitation de la surchauffe du rail, l'adaptation à un pays à +4°C - le scénario sur lequel planche la France à horizon de 2100 - est large et va nécessiter des moyens très importants.
Rien que sur l'eau, quelque 30 milliards d'euros vont être nécessaires dans les prochaines années, pour le renouvellement des réseaux, et pour les sujets de pollution, selon des estimations de fédérations locales.
Sur le bâtiment, l'adaptation représente un besoin de jusqu'à 7,3 milliards d'euros par an jusqu'en 2030, en plus des 27 milliards d'euros annuels nécessaires pour décarboner le bâti et atteindre les objectifs de neutralité carbone, selon une analyse de l'I4CE de 2024.
En 2025, 1,7 milliard d'euros ont été dédiés à l'adaptation directement par le ministère, affirme Monique Barbut, qui ne tient pas compte d'autres investissements, à l'instar de la dotation de l'Etat à la SNCF d'1,5 milliard pour justement adapter son système à la canicule.
"Ce n'est pas à la hauteur de ce que nous devons faire et nous allons devoir augmenter ces ressources", a reconnu Monique Barbut à la mi-juin.
L'Etat en fait-il assez?
"La France n'est pas encore prête", a jugé le Haut conseil pour le climat après la présentation du troisième plan national d'adaptation au changement climatique en mars 2025, mettant en avant des financements "très insuffisants".
L'Etat finance des dépenses d'adaptation au travers notamment du Fonds vert, créé en 2023 pour financer les projets des collectivités territoriales destinés à accélérer la transition écologique, mais aussi les agences de l'eau et le fonds Barnier sur la préventon des risques naturels.
"Les moyens n'ont pas suivi l'ambition affichée", affirme François Thomazeau, soulignant la division par trois des crédits du Fonds vert, avec des gels de crédits intervenus au début du mois de juin, déjà en plein épisode de chaleur.
Interrogé par l'AFP, le ministère de l'Economie n'a pas souhaité commenter la question des gels de crédits, renvoyant au ministère de la Transition écologique.
Pour financer les quelques mesures d'adaptation "incontournables" et "mûres" à prendre dès maintenant, il faudrait au moins 2,3 milliards d'euros par an sachant qu'il y aura ensuite d'autres besoins au coût "potentiellement bien plus important", a chiffré l'I4CE dans un rapport de 2023.
Et les collectivités?
C'est l'autre acteur important de l'adaptation au changement climatique, qui utilise notamment les dotations du Fonds vert, mais a eu moins recours à ces financements cette année, probablement en raison des élections municipales.
"Il y a des collectivités qui sont en retard pour plein de raisons possibles et des collectivités qui ne sont pas préparées non plus", met en avant François Thomazeau, soulignant que beaucoup d'entre elles n'utilisent par exemple pas assez le levier de l'endettement.
Les voisins font-ils mieux?
En matière d'adaptation les pays dans l'Union européenne sont tous tenus par un engagement de plan d'adaptation, mais les comparaisons sont rendues difficiles par la nature hétéroclite des risques.
"Les pays européens abordent le sujet d'une manière souvent assez différente et pas forcément harmonisée", observe Adele Tanguy, chercheuse sur les risques climatiques et politiques d'adaptation auprès de l'Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri), un groupe de réflexion.
Celle-ci note par exemple que l'adaptation aux sécheresses s'est particulièrement développée en Espagne, quand c'est l'adaptation aux innondations qui l'est davantage aux Pays-Bas, fruit des risques spécifiques traversés par chacun des pays.
L'université américaine Notre-Dame dans l'Indiana s'est toutefois lancée dans la mise en place d'un indice mondial de l'adaptation au changement climatique et a placé la France à la 18e place dans le monde en matière de "préparation" en 2023.
La France est derrière les Etats du nord de l'Europe, l'Allemagne, le Royaume-Uni mais devant l'Espagne et l'Italie. Elle est aussi derrière le Japon, la Corée du Sud, l'Australie.