La France écrasée par la canicule, interrogations sur la Fête de la musique

"Cette chaleur, ce n'est pas possible": près de 41 millions de personnes continuent de subir une chaleur écrasante en journée et des nuits chaudes, une canicule prolongée qui plonge 60 départements du pays en vigilance orange samedi et menace la très populaire Fête de la musique dimanche.

Ce second épisode en quelques semaines s'avère "étendu, durable et intense", avertit Météo-France. Dimanche, le mercure pourrait atteindre 41°C "par endroits" et le niveau d'alerte rouge, le plus haut, pourrait être déclenché.

Le Premier ministre Sébastien Lecornu devait activer samedi à 11H00 la cellule interministérielle de crise sur la canicule.

"Cette chaleur, ce n'est pas possible ! Le chien, je le sors maintenant tôt le matin vers 07H00 et son temps de sortie est réduit", raconte tout sourire Geneviève, une Lyonnaise de 78 ans, en vêtements amples et légers, qui privilégie la "marche à l'ombre".

"Depuis le début de la chaleur, je vis dans le noir en fermant les volets pour m'en préserver", indique Agnès, 71 ans, qui "essaye de ne rien faire cuire" à la maison. Au menu, "c'est souvent tomate et salade", souligne-t-elle.

Samedi, la chaleur va se maintenir du Sud-Ouest au Nord-Est, avec des températures qui pourront atteindre 39°C localement, mais qui baissent provisoirement un peu sur le quart Nord-Ouest, selon les prévisions de Météo-France. Les risques d'orages violents pointent.

Vendredi, des orages ont notamment touché les Hauts-de-France. Deux hommes, "blessés légers", ont été transportés à l'hôpital d'Arras après que la foudre s'est abattue sur le porche métallique d'un restaurant devant lequel ils se trouvaient, selon les pompiers.

Cette canicule prolongée, liée au changement climatique et qui a débuté jeudi, bouscule le pays, contraignant entre autres les écoles ou chantiers à s'adapter, voire à fermer.

Elle pourrait être d'"une durée et d'une sévérité identiques à celle d'août 2003", selon Météo-France, et se maintenir une grande partie de la semaine prochaine.

- Parcs ouverts la nuit -

A Méricourt (Pas-de-Calais), le visage de Philippe Grocaut, 23 ans, s'illumine. "Ça fait du bien !", sourit-il sous sa climatisation tout juste installée à l'étage de sa maison de briques rouges typique du nord de la France.

La climatisation "peut servir notamment dans les cas où on a besoin de protéger, je pense en particulier aux maternités", a estimé l'ex-ministre écologiste Cécile Duflot, interrogée sur France Inter samedi.

"Plus on utilise des climatiseurs, plus on réchauffe autour de l'endroit où on climatise", a toutefois mis en garde la directrice générale d'Oxfam France.

Pour faire face à cette nouvelle vague de chaleur précoce, Paris a décidé d'ouvrir ses parcs et jardins nuit et jour.

Le préfet de police, Patrice Faure, a demandé l'annulation des 11 événements sportifs en extérieur prévus dans la capitale ce weekend et le maire de la capitale Emmanuel Grégoire a exprimé sa vive préoccupation quant au déroulé de la Fête de la musique.

"Le cumul alcool, chaleur et proximité de l'eau, ce sont trois facteurs de risque qui ne font pas bon ménage. Et donc nous souhaiterions en éliminer au moins un des trois, mais on va voir dans quel sens on le fait", a indiqué vendredi soir le maire socialiste.

La ministre de la Culture Catherine Pégard a appelé pour sa part samedi, sur France 2, à "une extrême vigilance" face à la vague de chaleur, tout en laissant aux préfectures et municipalités la décision de maintenir ou annuler les festivités de la Fête de la musique.

- Pollution à l'ozone -

La chape de plomb actuelle s'accompagne d'une dégradation de la qualité de l'air, avec des épisodes de pollution critique à l'ozone, notamment en Ile-de-France.

L'Europe voit aussi rouge. Une nouvelle vague de chaleur doit débuter au Royaume-Uni ce weekend avant un pic prévu lundi et mardi, selon l'agence météorologique Met office.

En Espagne, les autorités ont lancé une alerte concernant une vague de chaleur extrême qui devrait toucher la majeure partie du pays ainsi que les îles Baléares à partir de dimanche.

Selon le consensus scientifique, le changement climatique induit par l'activité humaine rend plus intenses les phénomènes météorologiques extrêmes, notamment les vagues de chaleur.

"Ceux qui meurent du dérèglement climatique, ce sont plus souvent les plus pauvres et encore plus souvent les femmes", a déclaré Cécile Duflot, appelant à "agir maintenant".

Les prévisions officielles tablent sur un réchauffement moyen de 2,7°C en France d'ici à 2050.