La France doit "aller plus loin" dans ses objectifs climatiques, plaide le Haut-commissariat au plan

La France doit "aller plus loin" dans ses objectifs climatiques en se fixant un objectif contraignant de neutralité à l'horizon 2060 incluant les émissions de CO2 liées à ses importations, propose lundi le Haut-commissariat au plan (HCSP).

Il faut "prendre en compte une réalité plus large, c'est-à-dire ce qu'on émet en tant que producteurs sur notre territoire, mais ce qu'on émet comme émissions de gaz à effet de serre aussi en tant que consommateurs, en intégrant les importations", a résumé Clément Beaune, haut-commissaire au Plan et ancien ministre, lors d'une présentation à la presse.

Le pays s'est engagé à atteindre la neutralité carbone en 2050, si bien qu'à cet horizon ses émissions de CO2 résiduelles devront être compensées par autant d'absorption par les puits de carbone, comme les forêts.

Mais cet objectif ne prend en compte que les émissions de gaz à effet de serre sur son territoire.

Dans sa dernière feuille de route climatique (SNCB-3), la France se fixe toutefois pour la première fois une cible indicative sur son "empreinte carbone", qui inclut notamment les émissions liées aux produits importés. Cette empreinte carbone de la France équivaut à environ une fois et demie les seules émissions territoriales.

La France doit "aller plus loin, en fixant un objectif de neutralité en empreinte à l'horizon 2060", plaide désormais le Haut-commissariat au plan dans une note. Soit un rythme de baisse de l'empreinte de 6% en moyenne d'ici 2060.

"Pour être pleinement effectif, cet objectif devrait être porté à l'échelle de l'Union européenne et être rendu contraignant", estime dans la note Nicolas Riedinger, directeur du département Environnement de l'institution.

L'un des objectifs serait d'encourager les autres pays à réduire leurs propres émissions pour pouvoir continuer à exporter en Europe.

"Si cet objectif reste français, l'effet incitatif sera nécessairement limité. En revanche, on pense qu'il peut être considérable au niveau européen, notamment vis-à-vis d'économies qui sont aujourd'hui très dépendantes du marché européen pour leurs débouchés. On pense naturellement à la Chine", indique Nicolas Riedinger.

L'adoption d'une telle cible pourrait permettre d'engranger un "double dividende, climatique et productif", en favorisant une production décarbonée et aussi les relocalisations industrielles, mais pourrait renchérir "certains biens", reconnaît l'auteur.

Face à ce risque inflationniste, il insiste sur la nécessité de "veiller à répartir de manière équitable les efforts" en étant attentif à la "question de la transition juste".