La feuille de route de sortie des énergies fossiles de la France: calendrier, textes et critiques

La France a présenté mardi son plan pour sortir des énergies fossiles à l'occasion du sommet international de Santa Marta en Colombie, qui bien qu'il n'apporte pas de mesures nouvelles a envoyé un signe de volonté d'aller de l'avant dans un monde touché par les reculs climatiques.

- Quel est son calendrier

Dans un document de 18 pages publié mardi, la France affirme qu'elle entend être neutre en carbone en 2050, et compte en finir avec le charbon d'ici à 2030, le pétrole d'ici à 2045 et le gaz d'ici à 2050 à des fins énergétiques.

Dans le détail, elle prévoit pour le charbon de fermer ses deux dernières centrales d'ici à 2027.

Pour le pétrole, elle s'engage à électrifier massivement les transports, à développer les bornes de recharges et à électrifier les poids lourds et les bus. Elle s'engage à ce que 66% des véhicules neufs vendus en 2030 soient électriques, et à 25% de croissance de l'usage des transports en commun, bus, cars, trains, d'ici à 2030.

Pour le gaz, elle entend développer les pompes à chaleur et améliorer l'efficacité énergétique des bâtiments par la rénovation. Sur les bâtiments tertiaires, elle prévoit la réduction de 85% des chaudières au fioul et une baisse de 60% dans les logements primaires à l'horizon de 2030.

Dans les bâtiments neufs, il ne sera par ailleurs plus possible d'installer des chaudières à gaz dès la fin de cette année.

En parallèle, la recherche de souveraineté énergétique devra l'amener à développer massivement la production d'énergie décarbonée, à travers la construction de nouveaux réacteurs de type EPR, d'éolien terrestre avec 1,3 GW de puissance supplémentaire par an, de solaire avec la multiplication par trois de la puissance installée d'ici à 2035, détaille le document.

La production d'hydroélectricité, de biométhane, de biocarburants font aussi partie du programme français.

- Sur quelle base repose ce plan

La présentation française ne repose pas sur de nouveaux engagements mais sur des programmes déjà annoncés et en cours.

Le plan repose pour une large part sur les annonces de Stratégie nationale bas carbone (SNBC), la feuille de route actualisée de la France pour devenir "neutre en carbone" en 2050, présentée en décembre et toujours en attente de publication officielle.

Il utilise aussi comme base la Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE), publiée en février, qui vise à relancer le nucléaire et consommer davantage d'électricité décarbonée.

La France a aussi présenté ces derniers jours un plan d'électrification de l'économie qui, de l'industrie aux transports en passant par le numérique, prévoit de réduire la dépendance aux énergies fossiles en profitant de l'avantage offert par l'électricité nucléaire et renouvelable abondante.

- Quel est l'accueil

Le symbole de la deuxième économie européenne jouant le jeu de la "feuille de route" de sortie des énergies fossiles a été salué à Santa Marta, qui réunit cette semaine une conférence internationale en réponse à l'échec des COP depuis deux ans à approfondir cet objectif, pourtant adopté en 2023 à Dubaï par près de 200 pays.

La France se targue de montrer la voie pour "la fin des énergies fossiles au niveau d'une économie entière", a ainsi déclaré à l'AFP Leo Roberts, analyste du centre de réflexion E3G, présent à Santa Marta. "A cet égard, c'est une première".

"La feuille de route n'est pas parfaite, mais parler explicitement de la sortie est le signal exact dont le monde a besoin", a aussi réagi Andreas Sieber, de l'ONG 350.org, dans un communiqué.

"Après deux années de reculs sur ses politiques publiques de transition écologique et avec un rythme de baisse de ses émissions trois fois inférieur à ses propres objectifs depuis 2024, la France a le mérite de se fixer des dates de sortie des énergies fossiles", a souligné mercredi auprès de l'AFP Anne Bringault, directrice des programmes du Réseau Action Climat, qui rassemble les principales ONG environnementales.

Pour Lorelei Limousin, chargée de campagne Climat et Energies fossiles à Greenpeace France, "c'est un premier pas, qui reste néanmoins largement insuffisant face à l'urgence climatique".

"Nous attendons désormais que les autres États publient à leur tour des feuilles de route crédibles, capables de créer une dynamique collective", a-t-elle aussi affirmé à l'AFP.