"Quand je cours, je pense à toutes les personnes touchées par la maladie": Alexandra Nogues fait partie des 8.500 coureurs solidaires qui seront sur la ligne de départ du marathon de Paris dimanche.
Trois ans après avoir été diagnostiquée d'un cancer des ovaires, elle court "pour célébrer le pouvoir extraordinaire du corps humain".
"Avec les traitements, le corps est très affaibli. Après la chimio, j'ai eu envie de me confronter à ces 42 km, de voir de quoi était capable mon corps", confie cette professeure d'esthétique de 44 ans qui participe à son deuxième marathon au profit de l'Institut Gustave Roussy, qui l'a suivie pendant sa maladie.
"Ça avait beaucoup de sens pour moi de courir pour eux", explique celle qui a déjà récolté 690 euros.
Un dossard solidaire permet à un coureur d'acquérir un ticket pour le marathon, à un prix réduit. En échange, il s'engage à récolter un minimum de 420 euros, sans quoi il ne peut prendre le départ de la course.
Depuis 2012, 20 millions d'euros ont ainsi été récoltés, et cette année, les organisateurs visent un record de 8 millions d'euros.
Le nombre de coureurs solidaires a également augmenté - de 6.000 en 2025 à 8.500 cette année - , à l'image de l'engouement général des Français pour la course à pied.
"On le remarque depuis le Covid", confirme Myriam Boudali, chargée de plaidoyer chez France Générosités. "Les courses solidaires ont l'avantage de mobiliser les bénévoles et les donateurs autour d'une cause, et de les rassembler pour une action positive et concrète".
En 2025, elles ont permis de collecter au moins 8,6 millions d'euros selon un décompte partiel de ce syndicat qui rassemble associations et fondations faisant appel aux dons.
- Toucher les plus jeunes -
Trois ans après sa première participation, l'Institut Gustave Roussy - l'un des grands centres de lutte contre le cancer en Europe - comptera 400 coureurs sur la ligne de départ de dimanche, contre 50 en 2023. En octobre, il participera pour la première fois à la Diagonale des Fous (180 km de course) à La Réunion.
"On était dubitatifs au début, on a été très surpris par le succès", admet Daphné Rubin, responsable du développement de la collecte digitale de l'Institut qui a déjà récolté plus de 350.000 euros pour le marathon et 260.000 euros pour le semi-marathon.
"On peut espérer 700.000 euros pour l'ensemble des courses", indique-t-elle. Une somme marginale par rapport au budget de l'hôpital, mais "non négligeable" pour la recherche qui ne bénéficie pas toujours de financements institutionnels.
Au-delà de l'argent, les courses apportent de la visibilité aux associations.
"C'est une belle exposition qui renforce notre crédibilité et notre notoriété", estime Michèle Colombel, de l'ONG Mehad qui intervient en zones de conflits.
"Ça nous permet d'acquérir de nouveaux donateurs aux profils différents, plus jeunes. Les coureurs deviennent parfois des donateurs réguliers, qui en parlent à leurs proches", abonde Eva de Foucaucourt, chargée du sport solidaire pour Le Rire médecin, une association qui organise des visites de clowns professionnels auprès d'enfants malades.
La course à pied solidaire représente une réelle opportunité pour les associations dans un contexte de fragilisation des dons.
Le Baromètre de la générosité 2024 montre une augmentation de 1,9% des dons par rapport à 2023 en euros courants (hors dons d'urgences), l'une des plus faibles progressions des dons depuis 10 ans.
"Le contexte politique, économique et géopolitique peut crisper le pouvoir d'achat et affecter la générosité", explique Bilel Ben Hassine, directeur marketing de la Ligue contre le cancer qui participe depuis plusieurs années à des courses solidaires (Marathon de Paris, semi, 10k Adidas, Run in Lyon).
"Il faut se renouveler pour toucher un public plus jeune, et l'événementiel sportif, le digital sont des moyens", assure-t-il, rappelant que la majorité des donneurs réguliers sont des personnes âgées.
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