La canicule place les hôpitaux sous tension extrême

La canicule amorce son reflux ce week-end en France mais après avoir épuisé les corps, elle soumet les hôpitaux à une pression extrême avec un bilan qui reste incertain en termes de décès.

"Si la canicule recule, ses effets sur la pression sur le système de santé, eux, restent devant nous", a prévenu Matignon, relevant le délai d'apparition de certaines conséquences: "Déshydratation, décompensations, hospitalisations différées".

Principalement causé par la combustion des énergies fossiles, le changement climatique intensifie les vagues de chaleur comme celle qui étouffe une grande partie de l'Europe où, selon un calcul de l'AFP, au moins 193 millions de personnes affrontent samedi des températures supérieures à 35°C. Ces épisodes ont de lourdes implications économiques ou sanitaires.

Tandis que l'AP-HP (hôpitaux publics parisiens) fait état d'une hausse de 80% cette semaine des appels au Samu à Paris et dans sa petite couronne, où le plan blanc d'urgence sanitaire a été déclenché, l'adjoint au maire de la capitale chargé de la Santé, Antoine Alibert, a évoqué sur franceinfo une "saturation exceptionnelle" des établissements parisiens. Elle se lit très concrètement dans "les brancards qui s'accumulent dans les couloirs", a dit l'élu.

Au CHU de Toulouse, couloirs et patios sont transformés en "véritables fours", alerte la CGT qui décrit "des locaux à 33°C" où le personnel travaille "comme pendant la Covid avec les moyens du bord". Même température relevée à l'hôpital Hautepierre de Strasbourg par FO, qui a déclenché un droit d'alerte après des malaises de quatre soignants, dont une a dû être perfusée.

La canicule "fait mourir"

Malgré le recul de la vague de chaleur qui devrait se concrétiser dimanche soir par la fin des alertes maximales, 37 départements restent samedi en vigilance rouge pour canicule. Les organismes accablés par une semaine de chaleur intense, y compris la nuit, sont épuisés.

"Quatre à cinq heures de sommeil alors qu'il me faut six à sept heures... On tire sur la corde", déclare Nelly Koebel, 37 ans, dans le centre de Strasbourg, où il faisait déjà 27°C à 08H30 avant que le thermomètre ne flirte de nouveau avec les 40°C.

La canicule "fait mourir, hélas, des personnes qui ne devraient pas mourir", "de 40, de 50 ans" qui "sont chez elle, isolées", selon Antoine Alibert qui pointe cet "angle mort" des décès à domicile.

Les secours ont par exemple imputé à la chaleur la mort de deux hommes dans le Nord: âgé de 36 ans, le premier a fait un arrêt cardiaque alors qu'il faisait des travaux en extérieur chez un ami. Le corps d'un autre, âgé de 54 ans, a été retrouvé chez lui par les sapeurs-pompiers alertés par des proches inquiets.

Il faut toutefois des mois ou plus pour déterminer la surmortalité liée à la chaleur, décrite comme "un tueur silencieux". La causalité est souvent difficile à démontrer. Selon l'agence Santé publique France, elle a tué quelque 5.700 personnes en France en 2025.

Le directeur général de l'AP-HP, Nicolas Revel, s'est toutefois montré mesuré quant au bilan final de l'épisode actuel, estimant sur France Inter que le nombre de morts "serait en réalité assez faible et n'aura rien à voir" avec la canicule historique de 2003, grâce notamment aux progrès dans la prise en charge.

Déléguée générale de la fédération nationale du funéraire, Elisabeth Charrier constate "une hausse d'activité" par rapport à un mois de juin normal, mais "aucune chambre funéraire n'est saturée" pour l'heure, assure-t-elle.

Avec un gros millier d'appels quotidiens supplémentaires, pour des hypothermies mais aussi des "complications de pathologies installées", la brigade des sapeurs-pompiers de Paris (BSPP) s'attend à maintenir une activité soutenue dans les prochains jours malgré les baisses de températures, selon son porte-parole Nicolas Flies.

Partout, des événements ont été reportés: festival Solidays, Marche des Fiertés LGBTQIA+ à Paris, trois jours de concerts à Chambord avec notamment Orelsan et DJ Snake.

Et maintenant, les orages

A Saint-Denis, la finale du Top 14 entre le Stade Toulousain et Montpellier a été maintenue au Stade de France mais ce sera sans bière en main pour les 80.000 spectateurs, vente et consommation d'alcool ayant été restreintes, comme dans plusieurs villes en régions.

Pour se rafraîchir, beaucoup se baignent dans les lacs et les rivières. Avec le risque accru de noyades, comme vendredi dans le canal Saint-Martin à Paris, la Deûle à Lille, à Jumièges près de Rouen ou encore en aval d'un barrage sur la Marne en Seine-et-Marne.

Météo-France prévoit 24 départements maintenus en vigilance rouge dimanche, mais l'Ile-de-France et une grande partie du Grand Est rétrograderont en orange dès 06H00. Les deux derniers départements en rouge, le Bas-Rhin et le Haut-Rhin, basculeront à leur tour à 22H00.

Avec l'entrée "d'air plus frais" par l'Ouest et le Nord-Ouest, arrive le risque d'orages parfois violents.