Soirée de lancement de l’initiative par l’association Notre Affaire à Tous le 3 février 2025 à Oullins-Pierre-Bénite, commune d’implantation des deux usines.
@Clarisse GAUVREAU / NOTRE AFFAIRE À TOUS
Justice

"Procès des 200 contre les PFAS" : que reprochent les citoyens aux deux industriels ?

Près de 200 riverains de la "vallée de la chimie" (Rhône), soutenus par deux associations, assignent en justice les industriels Daikin Chemical et Arkema. Les requérants demandent 36 millions d'euros pour les préjudices liés à une exposition prolongée aux PFAS.

En ce début de mois de février, 192 citoyens et quatre associations attaquent en justice Arkema France et Daikin Chemical. Baptisée "le procès des 200 contre les PFAS", la procédure vise à faire reconnaître le rôle des deux usines dans la contamination massive de la vallée située dans le secteur lyonnais. À l'ouverture du procès le mardi 2 février, les associations et le cabinet Kaizen Avocat estiment le préjudice à 36 millions d'euros, soit 190 000 euros par requérant. 

Il s'agit d'un des plus grands procès civils d'Europe contre les molécules per- et polyfluoroalkylées (PFAS), polluants éternels présents partout. Dans nos assiettes, notre eau et nos organes, les PFAS sont utilisés dans de nombreux secteurs pour leurs propriétés antiadhésives, antitaches ou surfactantes. Ces substances préoccupent les scientifiques et les gouvernements, mais elles continuent d’être massivement dispersées dans l’environnement. Textile, chimie, insecticides et électronique… De nombreux secteurs sont concernés selon un rapport publié en 2025 par Générations Futures.

Ce procès vise à mettre sur le devant de la scène l'impact des PFAS sur la population et l'environnement. Les associations Notre Affaire à Tous et PFAS contre Terre, à l'origine de l'assignation, accompagnent les demandeurs dans leurs démarches juridiques et communiquent autour des dégâts sur les écosystèmes. Jérémie Suissa, délégué général de Notre Affaire à Tous, soutient dans un communiqué la nécessité d'une justice sociale et environnementale : "Les industriels doivent réparer les préjudices qu’ils causent en pleine conscience."

"On sait que ces usines étaient au courant"

Le japonais Daikin et le français Arkema utilisent depuis plusieurs décennies ces substances dans leurs usines de la "vallée de la chimie". Aujourd'hui, cette zone serait reconnue comme l'une des plus polluées aux PFAS de France selon les journalistes d'investigation de Vert de rage. Les habitants des alentours sont dès lors surexposés aux polluants rejetés par les industriels. Parmi eux, Claudie Grizard est habitante d’Oullins-Pierre-Bénite et dénonce faire face à "du vrai poison". 

Au micro de France Inter, elle affirme avoir constaté une concentration en PFAS dépassant de 130 fois la dose autorisée dans les raisins de son jardin. Pourtant, les associations rappellent que les conséquences liées à ces polluants ne viennent pas d'être découvertes : "On sait que ces usines, ces industries étaient au courant depuis les années 2000, voire les années 90, des risques qui étaient associés à ces molécules", indique Emma Feyeux, juriste au sein de l'association Notre Affaire à Tous.

"Donner corps au principe pollueur-payeur"

Si ce procès vise à reconnaître l'impact des deux entreprises sur la santé des riverains, les associations souhaitent également alerter les politiques. "Il est temps désormais, au travers de ce procès civil d’ampleur contre les PFAS, de donner corps au principe pollueur-payeur", avance Jérémie Suissa. Même si le scandale remonte à 2022, les réglementations pour restreindre l'usage des PFAS évoluent lentement. Selon une étude menée par Notre Affaire à Tous, la réaction est "trop tardive" face à la "pollution historique" des usines.

L'association envisage des coûts massifs pour réparer les dégâts : "1 milliard 716 millions d’euros uniquement pour procéder à la dépollution des sols contaminés et 107 millions d’euros pour dépolluer les eaux rejetées sur la plateforme industrielle." Au-delà de l'indemnisation aux riverains, ce procès pourrait donner une portée concrète au principe pollueur-payeur. Un signal fort alors que les PFAS restent en grande partie supportés par les collectivités territoriales et les populations.