"Concertation" ou dialogue de sourds ? A Montgenèvre, futur site des JO-2030 dans les Alpes françaises, les organisateurs ont le soutien des autorités, mais se heurtent au refus d'habitants de sacrifier des centaines de mélèzes pour des pistes de ski.
Montgenèvre, l'un des trois sites du projet olympique alpin dans la région de Briançon (sud-est), devrait accueillir les épreuves de halfpipe, slopestyle, ski-cross, slalom géant parallèle, ainsi que le ski-alpinisme.
Contrairement aux domaines de Savoie, plus au nord, rompus aux grandes compétitions internationales, il s'agira d'une première pour cette station familiale de 800 habitants, perchée à 1.800 mètres d'altitude, près de la frontière avec l'Italie.
Mais le sujet divise profondément le territoire : le principal point de friction concerne le défrichage prévu de 5,5 hectares de mélèzes, afin de créer une nouvelle piste et d'en élargir une autre, conformément aux critères techniques des JO.
Pour tenter d'apaiser les esprits, la Solideo, l'établissement chargé de livrer les ouvrages olympiques, a lancé un processus de "concertation préalable" du 17 août au 2 octobre à Montgenèvre, sous l'égide de la Commission nationale du débat public (CNDP). Elle en fait de même dans trois autres futurs sites olympiques des Alpes du Nord.
Une ultime réunion publique a eu lieu la semaine dernière à Montgenèvre, rassemblant une centaine de personnes et donnant lieu à des échanges parfois tendus.
Pas encore définitivement actée, la solution présentée est la "moins impactante" identifiée à ce jour, "ce qui ne veut pas dire qu'elle n'a pas d'impact", a reconnu Diane Pouget, directrice générale adjointe de la Solideo à cette occasion.
Une compensation sous la forme de "renaturation volontaire" d'une centaine d'hectares est déjà prévue, assure-t-elle.
Pour l'association Mountain Wilderness, le projet est porteur de "plus d'artificialisation, plus de béton, moins de nature" et d'un "changement de stratégie risqué pour la station".
Sur le site internet dédié à la concertation, une majorité d'avis sont négatifs, critiquant son coût et son utilité. "Pourquoi pas le skicross en Savoie ? (...) Où est passé le devoir d'évitement imposé par la loi ?", s'interroge une voix critique.
La Chambre de commerce et d'industrie (CCI) et la Fédération locale du bâtiment et des travaux publics applaudissent en revanche une "opportunité en or" et un projet "cohérent avec les enjeux d'avenir de la montagne".
- "Aberrant" -
Les mélèzes menacés ont fait l'objet d'un parrainage symbolique à l'initiative d'une association, le Comité d'alerte sur l'organisation des Jeux olympiques et paralympiques (Caojop).
Quelque 400 personnes sont allées le 6 septembre apposer sur les arbres de petites pancartes colorées au nom de leurs enfants. La zone a été rebaptisée "Réserve naturelle nationale d'enfance protégée".
"Raser des forêts qui mettent des dizaines et des dizaines d'années à pousser pour 15 jours d'événement sportif, je trouve ça déséquilibré et aberrant comme décision !", a estimé l'un des participants, Maxime Boivin.
Une telle mobilisation relève surtout du "buzz" et les arbres en question sont "des mélèzes comme vous en voyez partout ici", dénués de "valeur marchande", répond la maire de Montgenèvre, Muriel Jourdain, dans un entretien à l'AFP.
La décision d'accueillir les JO à Montgenèvre a été prise par la municipalité précédente, donc "quitte à les avoir, autant les réussir", fait valoir l'élue, se félicitant de l'"héritage" promis en retour : un télésiège, un chalet de chronométrage et des équipements de neige artificielle neufs.
Si difficultés il y a pour le village, elles seront surtout liées aux travaux et à l'accès par la route, ce qui pourrait générer des "pertes d'exploitation", selon elle.
Mais plus largement, les JO offrent "l'opportunité de désenclaver un département où, en intersaison, on fait encore 25 km pour acheter une baguette de pain", et permettre à ses localités de rénover "qui son rond-point, qui sa route, qui sa gare. Ce qu'on n'aurait jamais fait en deux-trois ans", souligne-t-elle.