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tribune

Alexis Masse : "Après la COVID, une finance plus responsable"

Alexis Masse, président du Forum pour l'investissement responsable.
D.R

La crise spectaculaire que nous vivons constitue un test majeur pour nos sociétés. Elle est totale, sanitaire, économique et sociale.

Elle fragilise bien des entreprises établies, accélère la péremption de modèles économiques, met au défi des entreprises de trouver de nouveaux financements nécessairement plus patients. Et elle frappe durement les femmes et les hommes qui y travaillent et notamment les plus précaires, salariés ayant des emplois atypiques, ceux des entreprises des chaines de sous-traitance, ou les indépendants.

Face à ce séisme, un maitre mot émerge : la résilience. L’heure n’est pas encore au bilan chiffré mais une conviction domine. Une entreprise est d’autant plus résiliente que ses clients sont fidèles et lui font confiance, qu’elle peut compter sur des salariés engagés qui font preuve de cohésion, qu’elle a noué un dialogue social véritable et bâti la confiance nécessaire avec leurs représentants pour pouvoir prendre des décisions parfois difficiles de façon agile, qu’elle est capable de fédérer un réseau de sous-traitants et d’innovateurs, qu’elle a pris le virage de la transition écologique au sérieux et ne risque pas, du jour au lendemain, de se trouver à côté des tendances sociétales et en rupture de marché.

L’attente de la société, nul ne l’ignore plus, ce sont des entreprises qui prennent au sérieux le dérèglement climatique et participent à la construction d’un développement durable et solidaire. Les jeunes diplômés, déjà, refusent de rejoindre des employeurs qui ne font pas de telles valeurs un moteur réel et quotidien. La résilience se construit, au jour le jour, au travers de procédures de dialogue, d’outils, de politiques dont l’enjeu n’est pas principalement financier mais qui font la durabilité de l’entreprise et s’incarnent dans les grandes questions sociales et environnementales de la RSE.

Un gestionnaire d’actifs avisé qui fait le choix d’investir, donc d’accompagner des entreprises dans lesquelles il croit, ne peut plus le faire en 2020, après la crise de la COVID, non seulement sans intégrer les facteurs environnementaux, sociaux et de bonne gouvernance, mais sans se donner lui-même une raison d’être, des modalités de gestion, de dialogue avec ses parties prenantes en phase avec son temps. Si les entreprises ont besoin d’une raison d’être claire pour être résilientes, cela s’applique aussi à la sphère financière, dont l’investissement socialement responsable constitue l’avenir.

Un investisseur doit pouvoir répondre de son alignement avec l’Accord de Paris sur le climat, de son impact sur l’effondrement de la biodiversité, sur le traitement de ses déchets. Il doit pouvoir répondre à la manière dont sa politique entretient ou modère la bombe à retardement des inégalités, en tempérant la rémunération des dirigeants au nom de la cohésion sociale, en rassurant l’égalité entre les femmes et les hommes et en s’assurant qu’un salaire décent est bien payé à chacune et chacun. Il doit donc pouvoir répondre de ses impacts.

L’humanité s’est donnée avec les Objectifs de Développement Durable (ODD), une définition universelle du progrès, malgré les différences politiques, de tradition, de culture des États qui composent les Nations Unies. La finance, après la COVID, a la responsabilité d’y contribuer positivement.

La bonne nouvelle, c’est que la France possède un écosystème financier disposant des atouts pour y ré- pondre, avec des sociétés leaders qui construisent des produits verts, des produits solidaires, des produits qui favorisent l’égalité femmes-hommes, des produits qui contiennent la promesse d’un monde meilleur et se donnent les moyens d’en démontrer l’impact positif. L’autre bonne nouvelle, c’est que des labels de qualité existent pour assurer le consommateur final de la qualité des processus mis en œuvre en matière de finance verte, de finance solidaire ou d’ISR. La promesse d’une autre finance, d’une finance responsable n’est pas une promesse vide.

La finance responsable peut contribuer positivement au monde d’après, rechercher un impact positif, démontrer cet impact et aligner ses intérêts non seulement sur les résultats financiers de court terme mais aussi sur les nombreux bénéfices de long terme que permettent des investissements plus responsables.

C’est cette finance-là qui constitue le monde d’après. Elle a besoin de professionnels engagés pour les proposer à une clientèle qui sait bien que le monde a changé et qui cherche déjà à agir par son épargne, comme elle le fait dans ses autres consommations en achetant des produits plus locaux, plus verts, plus équitables. Car la demande est là. C’est l’autre bonne nouvelle. Et les consommateurs n’attendent qu’une chose, qu’on leur donne ce pouvoir.

Pour un monde différent, il faut une autre finance. La crise de la COVID nous révèle que tout le monde y est déjà prêt.

Par Alexis Masse, président du Forum pour l'Investissement Responsable. 

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