IA: programme de recherche international pour modéliser le cerveau

Accélérer la connaissance du cerveau humain : dix laboratoires internationaux ont présenté jeudi un projet de recherche visant à modéliser le cerveau grâce à la collecte et au partage de données cérébrales.

"Comprendre comment le cerveau humain perçoit, décide et agit reste l'un des défis les plus complexes de la science", affirme le neurochirurgien Pierre Bourdillon, praticien à l'Hôpital Fondation Rothschild qui coordonne le projet Digital Brain Project.

Ce programme de recherche, financé à hauteur de 15 millions de dollars par le groupe technologique américain Meta, et développé en partenariat avec l'Université de Montréal, vise à constituer "le plus grand référentiel de données d'activité cérébrale humaine jamais recueillies".

Les équipes sélectionnées pour collecter ces données enregistreront l'activité cérébrale de participants pendant qu'ils effectuent des tâches cognitives complexes (jeux interactifs, résolution de problèmes, prise de décision) à l'intérieur de scanners de haute précision.

"Le but c'est justement d'avoir dix équipes qui travaillent ensemble pour aller dix fois plus vite pour l'acquisition de ce jeu de données", a souligné M. Bourdillon, également chercheur en neurosciences et membre du comité exécutif du Digital Brain Project.

Un modèle performant de fonctionnement de l'activité cérébrale pourrait permettre "de prédire les réponses du cerveau à de nouveaux stimuli sans nécessiter de nouveaux examens physiques", et "accélérer les avancées en matière de diagnostic et de traitement des maladies neurologiques", selon les parties prenantes.

Cet outil pourrait servir aussi à mieux comprendre le rôle des régions du cerveau impliquées dans le langage, les fonctions sensorielles ou motrices et anticiper les conséquences d'une lésion ou du retrait d'une partie du cerveau lors d'une opération.

Pour aboutir à 15.000 heures d'enregistrement, trois années seront a priori nécessaires. L'ambition immédiate est de récolter les premières données pilotes "d'ici Noël" avant d'en rassembler à grande échelle.

"Chaque laboratoire va scanner 10 sujets. Et chaque sujet devrait passer jusqu'à 100 heures dans un scanner" réparties sur plusieurs séances, détaille Jean-Rémi King, chercheur au CNRS et détaché auprès de Meta où il dirige l'équipe cerveau et IA.

"Les données qui sont collectées dans le cadre de ce projet seront sous licence libre, sans utilisation commerciale. Il n'y a pas de lien du tout entre ce projet et la partie produit de Meta", a-t-il ajouté.

"L'IA et la neuroscience cognitive sont mariées de longue date", a observé Lune Bellec, professeure au département de psychologie de l'Université de Montréal et membre du comité scientifique du Digital Brain Project qui compte notamment Arthur Mensch, le patron de Mistral qui a consacré sa thèse à la modélisation des mécanismes cognitifs du cerveau à l'aide de l'intelligence artificielle.

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