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Hirondelles et marais: à Calais, l'ancienne "Jungle" transformée en site naturel

Plus de tentes ni d'abris de fortune, mais des marais et des falaises artificielles où nichent des oiseaux migrateurs: après plusieurs mois de travaux, le site de l'ancienne "Jungle" de Calais, où vivaient jusqu'à 9.000 migrants, s'est métamorphosé en un espace naturel.

A travers l'observatoire en bois donnant sur les paisibles plans d'eau, difficile d'imaginer que c'est précisément là que des milliers de personnes, venues essentiellement du Soudan, d'Érythrée et d'Afghanistan, ont vécu entassées dans des conteneurs et des cabanes pendant des mois, dans l'espoir de rejoindre la Grande-Bretagne.

"Ce site a une histoire tourmentée, notamment avec la population migrante. Il est remis à la disposition des Calaisiens et participera aux atouts nombreux du Calaisis", a déclaré à l'AFP le préfet du Pas-de-Calais, Fabien Sudry, lors de l'inauguration vendredi, mettant fin aux travaux évalués à 1,7 million d'euros.

Sur cet espace d'une trentaine d'hectares situé en contrebas de la rocade portuaire, le plus grand campement de migrants de France s'était formé au printemps 2015, devenant une ville dans la ville, avec son église, sa mosquée, ses écoles, avant d'être complètement démantelé en octobre 2016, occasionnant de multiples incendies.

Entre 6.000 et 9.000 migrants y vivaient, face aux côtes anglaises qu'ils rêvaient d'atteindre.

Seules quelques traces témoignent encore de cette époque: des panneaux indiquant le centre aéré Jules Ferry, où vivaient femmes et enfants, depuis désamianté et détruit, un tag rouge "love" sur un poteau électrique, et les grillages et le mur haut de quatre mètres construits en 2015 et 2016 le long de la rocade portuaire, censés empêcher les migrants de grimper dans les camions.

"Nous sommes venus exprès d'Allemagne pour voir les blockhaus, parce que l'oncle de mon mari a été stationné à Calais pendant la guerre", raconte à l'AFP Ingrid Mülh, un appareil photo autour du cou.

Les promeneurs peuvent emprunter deux passerelles: l'une mène au sommet d'un bunker de la Seconde guerre mondiale surplombant la plage, sa colonie de phoques et la Manche. L'autre, à un observatoire donnant sur les dunes et les étendues d'eau où font halte des oiseaux migrateurs qui avaient déserté, comme des avocettes, gravelots et hirondelles de rivage.

"C'est reposant. Ca fait un contraste avec les usines" voisines d'où s'échappe de la fumée, salue Bernard Fluet, un riverain de longue date, qui en a déjà profité pour aller y faire un tour de vélo. Sa préoccupation pour l'avenir: la cohabitation entre ce site et les zones de chasse attenantes.

- "Espèces protégées" -

"L'idée c'était de reconstituer des milieux naturels, des milieux humides permettant le retour des hirondelles pour retrouver des espaces qui avaient été en quelque sorte détruits et pour accueillir le public", a déclaré à l'AFP Odile Gauthier, directrice du Conservatoire du littoral, propriétaire du site d'où l'on voit s'activer les tractopelles pour agrandir le port d'ici 2020.

Si des premiers chemins de balade avaient été tracés dès les années 1980, les opérations de renaturation des milieux naturels, prévues pour compenser l'impact sur l'environnement de l'extension des infrastructures portuaires, ont été interrompues lorsque le bidonville de la Lande s'est construit.

"On a déjà des espèces protégées, qui avaient disparu, et qui sont revenues, tout comme certaines plantes, la gnaphale jaunâtre par exemple", assure Emmanuelle Leveugle, présidente du gestionnaire du site, Eden 62. Le terrain a été nettoyé (16 tonnes de déchets ramassées), excavé, terrassé, déboisé et les berges ont été modifiées artificiellement.

Reste à réaliser d'ici à la fin 2019 la création d'un parking et d'autres sentiers pédestres jusqu'aux 300 hectares voisins, boisés et agricoles, de Fort-Vert, pour 520.000 euros.

"C'est aujourd'hui une respiration environnementale mais les blessures ne sont pas pansées ni réparées", souligne à l'AFP la maire Natacha Bouchart. "Le camp a beau être effacé mais la page n'est pas tournée".

Entre 350 et 400 migrants, selon la préfecture, vivent disséminés dans Calais, dans des conditions que dénoncent régulièrement les associations... A quelques centaines de mètres du site naturel.

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