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Hauts-de-France: dans la campagne (électorale), des chasseurs très courtisés

Ils occupent une place centrale dans la gouvernance de Xavier Bertrand au Conseil régional mais le Rassemblement national ne renonce pas à les appâter: dans les Hauts-de-France, la chasse aux voix des chasseurs est ouverte.

Des chasseurs de gibier d'eau de la Somme aux chasseurs à courre de l'Oise, les Hauts-de-France représentent la quatrième région française en nombre de pratiquants, selon la fédération régionale.

"Les chasseurs ne sont jamais aussi unis que quand ils sont attaqués. Ce qui est sûr, c'est qu'ils iront voter aux régionales", lance leur patron régional, Willy Schraen, également président de Fédération nationale des chasseurs, qui ne cache pas son estime pour Xavier Bertrand.

Ce dernier, également candidat déclaré à la présidentielle, a fait depuis 2015 des chasseurs les acteurs centraux de sa politique pour l'environnement.

Celui qui tweetait en 2018 "il y a une chasse qui devrait être interdite: la chasse anti-chasseurs" vient de demander, en pleine campagne pour sa réélection, l'inscription de la chasse au gibier d'eau et des chasses traditionnelles au patrimoine mondial de l'Unesco.

En 2015, il avait scellé une alliance avec les chasseurs en accueillant sur sa liste Frédéric Nihous, chef de file de Chasse Pêche Nature et Tradition (CPNT), mouvement associé à l'UMP depuis 2012. Il s'était aussi engagé à confier la présidence de la commission Environnement à un chasseur en cas de victoire.

- "Parias" -

Promesse tenue. Cette commission est dirigée par Guy Harle d'Ophove, patron des chasseurs de l'Oise. Son premier vice-président Jean-Michel Taccoën est vice-président de la fédération des chasseurs du Pas-de-Calais. Le président de la fédération des chasseurs de la Somme Yves Butel y siège également.

"Pendant des années, avant qu'on arrive, les chasseurs étaient des parias, ce n'est pas normal", assume Xavier Bertrand. "Plus que la question des chasseurs, c'est la question de la ruralité, qui veut qu'on lui fiche la paix, qu'on arrête de lui dire que son mode de vie est désuet et qu'il faut le changer".

Certaines associations ont été privées de subventions régionales, comme le Groupe ornithologique et naturaliste des Hauts-de-France (GON) et les AJON, une association de jardins communautaires.

La première assure pourtant ne pas être "anti-chasse" mais contre "les excès de la chasse", déterrage des blaireaux ou chasse en enclos. La seconde, qui se défend de tout "prosélytisme" pense être victime de son étiquetage "écolo".

Sur les 42 associations partenaires du Conseil régional pour la biodiversité, neuf ont un lien avec la chasse et en 2019, sur 5 millions de subventions versées à ce titre, 1,3 million est allé aux fédérations de chasse et de pêche, selon le bras droit de Xavier Bertrand, Christophe Coulon.

Yves Butel assume de ne plus aider les "anti-chasse" et met en avant le maintien des subventions à des "associations responsables" comme "Picardie Nature". "C'est nous, les écologistes de terrain" martèle l'élu-chasseur.

- "Snobés" par les bobos -

Pour ces régionales, il figure en 6e place sur la liste de la Somme, un département où le RN dispose d'une belle prise, le président de l'association des chasseurs de la Baie de Somme et de l'Union nationale des associations de chasseurs d'oiseaux migrateurs, Nicolas Lottin.

Dans une zone où la plupart des chasseurs sont issus des classes populaires, il dit "défendre la chasse d'en bas, des petites gens, électorat historique de la gauche mais aujourd'hui snobé par la gauche boboïsée".

La saison "calamiteuse" des chasseurs de gibier d'eau - interdits de chasse pendant le confinement et privés de leurs canards "appelants" par la grippe aviaire - a, souligne-t-il, motivé sa candidature.

LREM n'est pas totalement en reste, avec le Garde des Sceaux et chasseur "passionné" Eric Dupond-Moretti en tête de liste dans le Pas-de-Calais.

Chasseurs engagés à droite et au RN se retrouvent pour vouer aux gémonies l'"écologie punitive" de la tête de liste de l'union de la gauche, Karima Delli.

Beaucoup de "ruraux socialistes" ne voteront pas pour elle, car "leur parti se retrouve sous la coupe directe des écologistes politiques", assure M. Schraen.

Mais le camp de Xavier Bertrand accuse aussi le RN de "ratisser large" en essayant de défendre à la fois chasse et bien-être animal.

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