Trouver "le juste milieu". La ministre de la Santé Stéphanie Rist reconnaît elle-même que l'exécutif marche sur un fil sur sa communication à propos de l'hantavirus pour ne pas semer la panique ni surtout reproduire les erreurs de la gestion du Covid-19.
Les masques qui ont manqué à l'époque sont restés comme le symbole de la défaillance des autorités face à cette crise. Or mercredi Matignon a assuré qu'en cas d'épidémie en France, ce qui n'est pas le cas avec l'hantavirus à ce stade, le pays disposait d'un stock suffisant pour y faire face pendant "minimum trois mois".
L'ancienne ministre de la Santé Agnès Buzyn a témoigné lundi sur TF1 de la "mémoire vive" de la crise sanitaire de 2020, dont la gestion chaotique à ses débuts lui a valu d'être poursuivie, avec son successeur Olivier Véran et l'ancien Premier ministre Edouard Philippe, devant la Cour de justice de la République (CJR).
Politiques et scientifiques à l'époque "avaient tendance à minimiser. Aujourd'hui, tout le monde sait que ça peut dégénérer", a relaté Mme Buzyn.
Si les magistrats de la CJR ont prononcé un non-lieu en leur faveur, leur arrêt a relevé de "graves manquements", dont l'ombre planait encore mercredi matin sur l'audition de Stéphanie Rist devant la commission des Affaires sociales.
"On alerte et on informe les Français en trouvant le juste milieu" pour assurer une "totale transparence" sans multiplier les interventions, alors que l'hantavirus ne circule pas à ce stade sur le territoire, a expliqué la ministre, au lendemain d'une longue conférence de presse avec plusieurs infectiologues.
- "Contrôler" la parole -
C'est elle et le Premier ministre qui ont pris en main la communication sur cette crise qui inquiète depuis qu'une Française a été contaminée et se trouve dans un état "grave".
Sébastien Lecornu multiplie les réunions interministérielles et les messages sur le réseau X.
Il a aussi fait le choix de placer tous les cas contacts en "quarantaine renforcée" à l'hôpital, en espérant que les pays voisins suivront son protocole, plus sévère que celui recommandé par l'Organisation mondiale de la santé (OMS).
Le député Place publique et ancien ministre de la Santé Aurélien Rousseau, qui était le directeur de cabinet à Matignon d'Elisabeth Borne à la fin de l'épidémie de Covid-19, a salué cette méthode. "C'est beaucoup mieux fait que ce que nous avons mal fait il y a six ans".
Parmi les leçons tirées de la crise de 2020, Stéphanie Rist a salué la mobilisation "rapide", en quelques jours, de l'OMS alors que "ça avait mis plusieurs mois" pour le Covid-19.
Un autre de ses prédécesseurs, Yannick Neuder, député LR, pense lui aussi qu'il faut "raison garder" même si face à la désinformation, il a suggéré de "contrôler notre parole" et "rappeler nos sources".
Les questions étaient nombreuses dans les rangs du Rassemblement national, notamment sur les masques.
Mais la cheffe de file des députés RN Marine Le Pen s'est montrée modérée mercredi sur la gestion de l'hantavirus.
Le gouvernement "a eu raison de renoncer au choix de l'auto-confinement" et d'hospitaliser les cas contact, a-t-elle affirmé sur France Inter.
- "Baroque" -
Quand le député RN Serge Muller a réclamé "une réponse précise" sur la létalité de l'hantavirus, évaluée à 32%, Mme Rist a expliqué qu'une donnée scientifique pouvait être "remise en cause" parce que "c'est comme ça que les scientifiques avancent".
Le député LFI Hadrien Clouet a rappelé que la gestion de la crise sanitaire en 2020 avait été "assez baroque" mais reconnu que l'hantavirus était "totalement différent" du Covid-19.
Pour le spécialiste en communication politique Philippe Moreau-Chevrolet, le gouvernement "est passé d'une politique au doigt mouillé à une politique sanitaire efficace".
"En 2020, on avait eu d'abord un déni en disant qu'on pouvait continuer d'aller au théâtre. Cette fois, le gouvernement reconnaît la gravité de la situation, dans la transparence, sans la surjouer".
Les Français semblent eux-aussi considérer que le gouvernement a tiré les leçons de 2020. Environ 55% estiment que le pays a "appris" de l'épidémie de Covid-19, selon un sondage Elabe publié mercredi.