"Guérir du cancer n'est plus une promesse suffisante", estime Fleur Breteau, fondatrice de "Cancer Colère"

"Guérir du cancer n'est plus une promesse suffisante: on ne veut plus tomber malade, on veut supprimer les causes environnementales" de la maladie, déclare à l'AFP Fleur Breteau, figure citoyenne du combat contre les pesticides, qui a fondé le collectif "Cancer Colère" et publie vendredi un livre du même nom chez Seuil.

Q: Pourquoi avez-vous créé "Cancer Colère"?

R: Mon second cancer du sein a été diagnostiqué en 2024, quelques heures après le décès, à 46 ans, d'un ami proche d'un cancer, laissant une petite fille orpheline. Pendant mon traitement, j'ai croisé beaucoup d'autres malades. Je pensais, à 50 ans, être l'une des plus jeunes mais à l'Institut Gustave-Roussy, j'ai vu des enfants, de très jeunes femmes à qui on enlevait l'utérus, les ovaires, les deux seins, une mère seule obligée de recourir à des associations pour nourrir ses enfants... c'est pas normal. Un jour, pendant ma perfusion de chimiothérapie, j'ai vu sur mon portable des sénateurs se réjouir d'avoir adopté la loi Duplomb réintroduisant un pesticide très toxique, l'acétamipride. Ma colère a été tellement forte qu'elle est encore imprimée dans mes os.

Q: Pourquoi parlez-vous d'un "scandale sanitaire"?

R: "J'ai découvert que le cancer est une véritable épidémie... Ca m'a donné le tournis. La moitié des cancers ont des causes environnementales évitables: produits toxiques manipulés au travail, eau potable et alimentation bourrées de pesticides... Or on nous soigne sans jamais nous parler de ces causes. Emmanuel Macron dit: +Ne vous inquiétez pas, on fait tout pour guérir du cancer+. Dites ça à un gamin de 8 ans avec un fort risque de récidive suivi par trois spécialistes, aux malades de 40 ans en chimio à vie, aux femmes sous hormonothérapie qui ne peuvent pas avoir d'enfant ! Guérir du cancer n'est plus une promesse suffisante: on ne veut plus tomber malades, on veut supprimer les causes environnementales du cancer. Pour cela, il faut des décisions politiques.

Q: En juillet à l'Assemblée nationale, vous aviez qualifié "d'alliés du cancer" les députés ayant voté en faveur de la loi Duplomb, censurée ensuite par le Conseil constitutionnel. Comment réagissez-vous à la nouvelle proposition du sénateur, visant à réintroduire deux pesticides interdits en France, l'acétamipride et le flupyradifurone ?

R: Malgré une pétition signée l'été dernier par 2,1 millions de personnes, des recommandations du Conseil national de l'ordre des médecins et de la Ligue contre le cancer et la censure du Conseil constitutionnel, ce nouveau texte prévoit de réintroduire ces deux nicotinoïdes, au motif que les industriels de l'agriculture l'exigent, parce que d'autres pays européens les utilisent pour les filières de la betterave et la noisette. Le gouvernement soutient des textes qui donnent carte blanche à l'utilisation de pesticides sans garde-fous en France, mais aussi en Europe avec la directive européenne Omnibus portée par le commissaire Stéphane Séjourné. Ca va aggraver les risques environnementaux, donc les problèmes de santé publique et les coûts pour la Sécurité sociale: les dépenses liées au cancer sont déjà le premier poste de dépenses de l'Assurance maladie. C'est un problème démocratique.

Q : Comment porterez-vous la voix des malades dans les mois à venir ?

R : Nous les invitons à interpeller les candidats aux élections municipales, à écrire à leur député... On ne peut pas attendre qu'il y ait un enfant malade dans chaque famille pour réagir. Depuis juillet dernier, Cancer Colère reçoit des témoignages bouleversants. Un paysan nous a expliqué avoir perdu sa fille de 6 ans d'un cancer, et être au RSA depuis son passage au bio: qu'allons-nous faire si les paysans qui nourrissent les Français sainement disparaissent ? La colère des malades ne s'éteindra pas: retrouvons de l'empathie, de l'intelligence collective, forçons les pouvoirs publics à nous écouter. Il y aura des rassemblements dans des villes les 7-8 février pour défendre la santé publique et un autre modèle agricole, un rassemblement citoyen près de l'Assemblée nationale le 11 février. On n'a pas envie que les gens qu'on aime tombent malades les uns après les autres: sauvons notre peau, notre sérénité, notre joie de vivre!