La Guadeloupe affronte cet été une crise de l'eau sur deux fronts, avec une distribution d'eau potable paralysée par une forte sécheresse et des fuites tandis que la dégradation de l'assainissement pollue les sites de baignade, ont alerté les autorités.
Le Syndicat mixte de gestion de l'eau et de l'assainissement de la Guadeloupe (SMGEAG) a été "contraint de procéder à des ajustements du planning de tours d'eau", a annoncé la régie publique le 20 juillet. Ces coupures roulantes sont organisées pour rationner la distribution dans l'archipel.
Le territoire, qui connaît déjà une crise structurelle de l'eau potable, subit un "déficit pluviométrique persistant" sur un réseau "fortement fragilisé par les fuites", précise le communiqué.
Placé en situation de sécheresse, l'archipel a traversé en outre le "2e mois de juin le plus sec depuis 1991 sur la Guadeloupe", selon Météo-France. Les précipitations sont partout déficitaires, souligne le bulletin hydrologique de juillet, avec des baisses allant de -20% sur les monts Caraïbes jusqu'à -75% sur la Grande-Terre.
Cette pénurie pèse lourdement sur le quotidien des résidents. "Globalement je suis coupé tous les jours, mais là, ça fait déjà plusieurs semaines que je n'ai pas d'eau au robinet", siffle Lilian, un employé administratif de 52 ans.
Croisé dans un supermarché de Pointe-à-Pitre où il réside, il a dû remplir son caddie d'une dizaine de packs d'eau.
A ce manque d'eau courante s'ajoutent des interdictions de baignade récurrentes. Le 12 juillet, la préfecture a signalé la pollution par des "germes indicateurs de contamination fécale" de plusieurs sites naturels très touristiques.
Sont notamment touchées la cascade aux écrevisses dans le Parc national, la rivière de Ferry à Deshaies ou encore la plage de la Caravelle à Sainte-Anne.
Le préfet met directement en cause "la situation dégradée du réseau d'assainissement" et rappelle que "plusieurs sites font déjà l'objet d'une interdiction permanente de la baignade".
La qualité de l'eau se détériore d'année en année en Guadeloupe, selon les données publiées le 15 juillet par l'Agence régionale de santé (ARS). Seuls 29,4% des sites en rivière sont d'excellente qualité, contre 72,1% en mer.
Neuf lieux de fréquentation (quatre en rivière et cinq en mer) sont interdits depuis plus de cinq ans.
Face à cette impasse structurelle touchant tant la distribution que l'assainissement, les élus locaux ont voté fin juin quatre résolutions. L'une d'elles demande officiellement l'intervention de l'Etat dans le cadre d'une opération d'intérêt national.