Des tests génétiques aux xénogreffes en passant par la procréation ou la prévention: voici un aperçu de plusieurs thèmes au menu des états généraux de la bioéthique, lancés mercredi par le Comité national d'éthique.
- Génétique, génomique -
L'une des questions sera de voir "si la législation française doit évoluer pour autoriser les tests génétiques en accès libre" pour rechercher une prédisposition à des maladies ou connaître des origines, a indiqué la Pr Sylvie Odent devant la presse.
Si ces tests "récréatifs" sont interdits, a rappelé cette généticienne, "des Français voulant les faire et en ayant les moyens y recourent par des moyens détournés", via d'autres pays (Etats-Unis, Belgique, Danemark...)
Jusqu'ici, seuls sont autorisés des tests génomiques intégrés dans le parcours de soins de patients, notamment cancéreux. Les progrès de la génomique permettent désormais "une médecine plus prédictive, personnalisée et préventive, en identifiant des risques avant même l'apparition de symptômes", interrogeant ce qu'il est souhaitable de faire, selon le comité d'éthique.
- Procréation -
Les transformations médicales et scientifiques "soulèvent des interrogations éthiques sur l'articulation entre progrès médical, cadre commun et évolutions des modèles familiaux, ainsi que sur les repères collectifs à préserver", a pointé le CCNE.
PMA post mortem, réception des ovocytes de la partenaire (Ropa) dans un couple de femmes, gestation pour autrui, diagnostic préimplantatoire, ces "quatre sujets vont revenir souvent", parmi d'autres, selon le Dr Joëlle Belaïsch-Allart.
Il est impossible actuellement pour une femme dont le conjoint est décédé d'avoir recours à une PMA post-mortem. Elle n'a pas le droit d'utiliser les gamètes ou les embryons fécondés à partir du sperme du défunt et conservés. Comme femme non mariée, elle peut cependant avoir accès au sperme d'un donneur ou à des embryons autres, a noté la spécialiste.
Et si dans un couple de femmes, l'une veut donner son ovocyte et l'autre porter l'embryon issu de cet ovocyte après fécondation in vitro, "c'est interdit" en France, a relevé le Dr Belaïsch-Allart, mais "beaucoup demandé car cela permet un double lien avec l'enfant".
Plusieurs pratiques, comme la GPA ou le diagnostic préimplantatoire d'anomalies chromosomiques pour éviter des FIV n'ayant aucune chance de réussir, sont possibles dans d'autres pays, et certains Français et Françaises y recourent.
- Greffes, xénogreffes -
"Face à la pénurie d'organes, de nouvelles pistes émergent, notamment la xénogreffe et les innovations en transplantation", a observé le CCNE.
Si la greffe d'organes et de tissus humains (allogreffe) est à développer, elle connaît plusieurs freins. Et la transplantation d'organes issus d'animaux (xénogreffe) alimente des recherches croissantes dans le monde, axées sur la greffe d'organes de porcs (rein, foie), génétiquement modifiés pour éviter un rejet aigu et diminuer les risques infectieux.
Ethiquement, cela nécessite de "garantir un haut niveau d'exigence pour le bien-être animal" et, "pour les humains, de définir le cadre des essais cliniques et de déterminer l'acceptabilité sociale des xénogreffes", a résumé le Pr Jacques Duranteau.
- Numérique, intelligence artificielle -
Les transformations liées au numérique et à l'IA "interrogent la place de l'humain dans la décision médicale, la protection des données, la transparence des outils et la confiance dans les systèmes de soin", a observé le comité d'éthique.
Présent aux précédents états généraux, ce thème sera "cette fois très fort", selon le Pr Delfraissy.
- Sobriété -
"L'accélération des innovations médicales conduit à une multiplication des actes, examens et traitements possibles", mais "jusqu'où traiter?", s'est interrogé le comité d'éthique, soulevant "la pertinence des soins", "l'équilibre entre bénéfice individuel et intérêt collectif", l'utilisation "juste et responsable" des ressources budgétaires.
"On apprend aux jeunes médecins à faire, rarement à ne pas faire", a jugé le Pr Delfraissy, notant que "la médecine conduit parfois à des situations de grande fragilité" et que certains choix actuels peuvent être "au détriment des plus jeunes" générations.
- Prévention -
Alors que l'importance de la prévention est avérée scientifiquement et que la santé dépend beaucoup de déterminants socio-culturels et environnementaux (alimentation, etc), l'approche curative domine encore.
Le budget de la Sécurité sociale consacre "seulement 5% environ à la prévention", et "la France est en retard par rapport à d'autres grandes démocraties occidentales, comme le Canada ou les pays nordiques", a noté Jean-François Delfraissy.