Encore dans un état "satisfaisant" début juin, les nappes phréatiques métropolitaines ont vu leur état se "dégrader" en raison du manque de pluies persistant et de la canicule de juin: plus de la moitié présentent désormais des niveaux sous les normales, augmentant les craintes d'une sécheresse estivale généralisée.
Au 1er juillet, la quasi-totalité des réserves d'eau souterraines (93%) sont en baisse, contre 77% un mois plus tôt, a annoncé mardi le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM).
La vidange des nappes, phénomène classique pendant l'été, est cette année particulièrement "intense" et "sévère", a souligné David Ratheau, hydrogéologue au BRGM lors d'un point presse.
Cette "baisse généralisée" s'explique par "un déficit de pluies efficaces depuis le mois de mai sur tout le territoire avec notamment une sécheresse plus marquée et des températures élevées au mois de juin", indique le BRGM.
- Hausse des prélèvements -
Juin 2026 a été le mois de juin le plus chaud jamais enregistré en France et la canicule d'une intensité exceptionnelle subie par le pays sur la deuxième quinzaine a accru la sécheresse des sols et favorisé l'évaporation de l'eau présente dans les sols, les lacs et les rivières, ainsi que l'évapotranspiration des plantes, rendant l'eau d'autant moins disponible pour s'infiltrer en profondeur dans les nappes souterraines.
Par ailleurs "quand les températures augmentent, la demande en eau de tous les usagers augmente, ce qui engendre des prélèvements qui augmentent (...) que ce soit pour l'irrigation, l'alimentation en eau potable ou autre", indique M. Ratheau.
Résultat, la "situation globale se dégrade" malgré une recharge hivernale excédentaire qui jusqu'ici avait permis l'état des nappes à un niveau "globalement satisfaisant", explique l'hydrogéologue.
Au 1er juillet, 54% des nappes présentent des niveaux sous les normales, soit une totale inversion de tendance par rapport à début juin où 58% des points d'observation se situaient au-dessus ou autour des normales.
- Le spectre de 2022 -
La situation est moins favorable qu'en 2024 et 2025 à la même période de l'année.
Mais elle est aussi "nettement moins préoccupante qu'en 2022", année où la France avait connu une sécheresse exceptionnelle, avec jusqu'à 78 départements placés en "crise", le niveau le plus élevé de restriction, et où plusieurs dizaines de communes avaient dû être ravitaillées en eau potable.
Au 7 juillet 2026, 37 départements sont, au moins pour certaines parties, au niveau de "crise" sècheresse, selon VigieEau. 20 sont au niveau d'alerte et 21 en alerte renforcée.
Ces restrictions d'eau sont décidées au niveau des préfets. Le BRGM indique ne fournir que des données sur la situation et ne peut donc se prononcer sur les éventuelles restrictions à venir.
Actuellement, la situation des nappes apparaît "contrastée", selon l'organisme public.
Certaines nappes, comme celle des calcaires de Beauce et d'Armagnac, affichent des niveaux modérément hauts.
Mais beaucoup sont modérément basses - bassin parisien, craies de l'Artois, des calcaires karstifiés du Jura, du socle du Cotentin, de l'ouest breton, du Morvan et de l'est du Massif central, des calcaires des Charentes, dans la plaine nord de l'Alsace, de la Garonne aval ou de Corse - voire déjà basses comme dans le socle limousin et une partie des nappes du Grand-Est.
Pour le reste de l'été, les prévisions "demeurent incertaines", indique le BRGM.
Pour certaines nappes, le niveau sera "nécessairement inférieur à ceux observés en 2025".
D'autres ayant des niveaux encore hauts présentent des perspectives favorables, mais pour la majorité, la tendance baissière devrait se poursuivre ou bien l'évolution dépendra des éventuelles précipitations estivales.
"Si jamais il pleut de façon satisfaisante, ça ne va pas recharger les nappes", a cependant souligné M. Ratheau, "mais par contre ça va satisfaire les besoins de la végétation (...) et réduire les prélèvements dans les nappes pour satisfaire les demandes des usagers".
En revanche, si la sécheresse persiste, la situation de certaines nappes comme celle du socle limousin "serait préoccupante", indique le BRGM. Actuellement, 93% des points d'observation dans cette région présentent déjà des niveaux sous les normales, particulièrement dans la Creuse, la Haute-Vienne et la Corrèze, indique le BRGM.