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Performance financière : l’ISR tient-il ses promesses ? (2/2)

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La littérature académique montre que la prise en compte des critères ESG n'entraine pas systématiquement de destruction de valeur, et qu'il est tout à fait possible de trouver des fonds ISR performants. Mais quelles observations peut-on tirer de la comparaison entre fonds ISR et fonds conventionnels chez un acteur tel que Quantalys ? 

Étude de cas : les fonds flagués ESG chez Quantalys

L’examen de données fournies par la société d’analyse Quantalys offre quelques pistes de réflexion intéressantes quand on compare le comportement de fonds tagués ESG – c’est-à-dire tous types d’approches et donc, toutes colorations- aux fonds de même catégorie en termes de performance et de volatilité annualisées sur différents horizons de placement. Sur les Actions Europe par exemple, la catégorie ISR présente, sur 8 ans, une performance annualisée légèrement inférieure à celle de la moyenne de sa catégorie, a – 0,63 %, mais supérieure sur 3 ans (+ 0,45 %). La volatilité de ces fonds est quant à elle supérieure sur 3 et 5 ans, respectivement à 1,02 % et 1,16 %. Côté Actions Monde, les 60 fonds répertoriés ESG (sur 603 fonds pour la catégorie), affichent cette fois une performance moyenne annualisée supérieure sur 3 (+0,39 %), 5 (0,44 %) et 8 ans (0,82 %), mais également une volatilité plus importante sur 3 (+1,58 %) et 5 ans (+1,74 %). Chez les obligataires, les différences sont minimes sur les Euro diversifiées à la fois sur la performance et la volatilité, tandis que cette dernière s’avère inférieure sur les obligations Monde diversifiées, pour une performance à -0,62 % sur 8 ans. Les marges sont également peu significatives sur les flexibles et les patrimoniaux.

"Contrairement aux idées reçues, il n’y aucune évidence pour dire que systématiquement, les fonds ISR ou ESG sous performent par rapport à la moyenne des autres fonds conventionnels, commente Jean Paul Raymond, associé fondateur de Quantalys. Au niveau de la volatilité, cela dépend de la catégorie. Si je prends les obligations Monde diversifiées, où l’ISR a sous-performé, on se rend compte que c’est au prix d’une volatilité moindre que la moyenne de classe. Mais très généralement, et contrairement à ce que l’on pourrait penser, la volatilité des fonds ISR est plutôt plus élevée que celle des autres fonds de même catégorie".

Performances catégorie ISR vs catégorie totale chez Quantalys 

Source : Données Quantalys
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Un débat qui n’a plus lieu d’être ?

Certains acteurs pointent aujourd’hui les limites du débat sur la performance financière de l’ISR. "Pourquoi un investisseur veut investir dans l’ISR ?" interroge Christophe Revelli. "Des fonds non ISR performants il y en a beaucoup, par contre il y a surement une motivation supplémentaire pour se tourner vers l’ISR. La question de la performance ne doit pas être centrale. Le choix de la gestion ISR doit être plus engagée sur une vision actionnariale à moyen long terme avec une conviction socialement responsable". "C’est un peu le monstre du Loch Ness cette question de la performance financière, parce qu’on en parle tout le temps et elle est difficile à voir. Mais pour les fonds classiques on ne demande pas une surperformance systématique. D'une certaine façon, la pression est plus forte pour les fonds ISR que pour les fonds conventionnels et je ne suis pas sûr de bien comprendre pourquoi. Je ne vois pas pourquoi un fonds ISR devrait générer plus de performance qu’un fonds classique si déjà il délivre la performance normale de son secteur. La vraie question aujourd’hui est plutôt : si j’investis dans un fonds ISR en tant qu’épargnant individuel, au-delà de la qualité des entreprises retenues, dans quelle mesure le gérant peut-il me garantir que ce fonds va vraiment avoir un impact positif en termes environnementaux sociaux dans la durée ?", conclut de son côté Nicolas Mottis.

 

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