"Plus de 54 heures par mois: c'est le temps que les Français passent à +scroller+, alors que n'importe quelle autre activité est plus favorable au bien-être", dit à l'AFP Diego Hidalgo Demeusois, à l'initiative de la première édition du "OFF february", défi invitant à un mois de déconnexion des réseaux sociaux.
Lancée simultanément en France, en Espagne, au Royaume-Uni et aux États-Unis, cette campagne "n'est pas dans la culpabilisation, la stigmatisation: elle veut être une célébration de ce temps retrouvé", explique cet ancien entrepreneur franco-espagnol (créateur d'Amovent, plateforme de covoiturage; Pontejos, restauration d'immeubles...), diplômé de Sciences Po Paris et Cambridge, qui milite pour "replacer le numérique au service de l'humain".
Alors qu'en France, plusieurs textes de loi en préparation visent à interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans -comme en Australie, pour les moins de 16 ans-, le mouvement OFF, créé par Diego Hidalgo Demeusois en 2024, invite, par des initiatives concrètes, à "reprendre le contrôle de son temps".
"Toutes les activités qui ont été cannibalisées par les réseaux, l'activité physique, la sociabilité, tous ces petits moments du quotidien qu'on passe à cuisiner, se promener, dormir ou ne rien faire...", énumère-t-il, "sont plus favorables au bien-être" que les heures passées sur les réseaux sociaux.
Sur le modèle du "Dry january", qui prône l'abstinence d'alcool en janvier, le "OFF february" crée un "cadre collectif, solidaire et encourageant" pour "retrouver le contrôle sur son attention et son temps", dit l'auteur de "Anesthésiés, l'humanité sous l'emprise de la technologie" et "Reprendre le contrôle: 50 pistes pour repenser notre avenir numérique" (FYP éditions).
- Marche au lieu de "scroller" -
Au moment où l'agence de sécurité sanitaire française alerte sur les effets délétères des réseaux sociaux pour la santé mentale des adolescents après avoir passé au crible un millier d'études scientifiques, il rappelle que "l'hyperconnexion" nuit "au sommeil, à la concentration, aux interactions sociales".
OFF, qu'il finance, compte parmi ses partenaires en France le Centre National du Livre, le Collectif Surexposition Écrans (CoSE), l'association Lève les Yeux, le collectif d'enseignants Education numérique raisonnée, l'université d'Angers ou la mairie de Marseille.
D'autres partenaires soutiennent le OFF february au Royaume-Uni, en Espagne, en Suisse, en Pologne, au Kenya et en Australie, selon son initiateur. A Madrid, des sympathisants grimés en zombies, rivés sur leur portable, ont sillonné le centre-ville samedi dernier, pour promouvoir l'événement.
Et le 7 février aura lieu à Marseille le "Walk instead of Scroll" (Marche au lieu de Scroller, c'est-à-dire faire défiler les contenus, NDLR), "une marche de 5,04 kilomètres", soit le cumul sur un mois des "180 mètres parcourus en moyenne avec les pouces chaque jour en scrollant", explique M. Hidalgo.
OFF, dont plus de 300 personnalités internationales de la santé, des sciences, la culture ou l'éducation ont signé le manifeste, invite à "repenser collectivement notre relation aux technologies numériques, sans les rejeter" mais en les "replaçant au service de l'humain".
"Si l'on regarde empiriquement ce qu'il se passe dans le monde, on est frappé par les similitudes entre les courbes d'augmentation des problèmes de santé mentale et la détérioration du niveau éducatif à peu près partout", dit son fondateur. "Or l'école doit vraiment rester un sanctuaire des relations d'humain à humain".
De fait, certains reviennent en arrière: après avoir fortement misé sur le numérique à l'école depuis 2017, la Suède doit publier d'ici le 9 mai les résultats d'une enquête visant à proposer des mesures limitant les impacts néfastes des écrans sur la concentration et le niveau scolaire des enfants.