Face à un été trop précoce, des pratiques bousculées dans les champs comme sur les plages

Plages bondées mais sans surveillance et floraisons précoces : la chaleur exceptionnelle relevée en France pour un mois de mai met à mal les habitudes dans les zones touristiques et balnéaires comme dans les exploitations agricoles.

A Anglet (Pyrénées-Atlantiques), la plage de l'Océan a connu lundi, jour férié pour une partie de la population, une fréquentation presque estivale par des températures dépassant allègrement les 30°C.

Mais la surveillance ne débutera que le 6 juillet et Thomas Dupuy, parasol en bandoulière, sa fille d'un an dans les bras et son fils de quatre ans à côté de lui, assure être d'autant plus vigilant.

"On se demandait justement ce matin si la plage était surveillée et je fais très attention pour moi, mes enfants qui ne savent pas nager mais aussi quand j'ai des amis qui viennent, je les mets toujours en garde, on sait que ça peut tirer, les plages atlantiques sont dangereuses", commente le père de famille.

Dimanche, deux personnes ont perdu la vie en Gironde, emportées par des courants de baïnes, typiques de la côte atlantique.

Les 970 kilomètres de côtes du littoral de Nouvelle-Aquitaine, où vivent un million d'habitants, comptent plus de 180 plages, dont moins de 20 sont surveillées à cette période de l'année.

- "Très inquiet" -

Lundi, la fréquentation des plages a été, comme la veille, "incroyable", témoigne auprès de l'AFP le maire de Lacanau (Gironde), Laurent Peyrondet, "très inquiet" pour la suite de la semaine au regard des fortes chaleurs encore attendues dans le Sud-Ouest.

"On étudie comment continuer à ouvrir notre poste de surveillance central et renforcer les effectifs pour éviter les incidents aux environs", dit encore le maire de cette commune de 5.200 habitants à l'année, 100.000 visiteurs en été, dont le budget plages s'élève à 700.000 euros.

A Lacanau (Gironde), dont les vagues sont prisées des surfeurs, trois plages étaient surveillées durant le week-end de Pentecôte, mais l'une des victimes des baïnes, un homme d'une soixantaine d'années, s'est noyée à un kilomètre du premier poste de secours.

Les pieds dans l'eau sur la plage d'Anglet, Emilie, enseignante de 40 ans, préfère habituellement se baigner à Hendaye ou Saint-Jean-de-Luz, plus au sud, davantage préservées des vagues et des forts courants. "Les baïnes ça m'angoisse", dit-elle, alors que son fils de 6 ans s'amuse dans le ressac, sous les yeux de son mari.

Non loin de là, à la pointe de Socoa, Météo France a relevé lundi 35,9 degrés à 17H00, un record de température effaçant une précédente marque de 1996.

- Récoltes précoces -

Les températures élevées et le "printemps doux et pluvieux" ont accéléré la floraison de certains cépages "de quinze jours", selon Jean-Louis Portal, viticulteur et maraîcher à Meynes, dans le Gard, qui juge "probable que les vendanges des cépages blancs commencent début août, plutôt qu'après le 15 août comme l'an dernier."

Précocité similaire pour les abricots de Benjamin Boisson, arboriculteur à Beaucaire (Gard), qui a démarré la récolte dès le 1er mai, soit cinq jours plus tôt que prévu. "Cela peut paraître peu, or, ça change tout. La grande distribution n'était pas prête et continue de vendre les abricots d'Espagne alors qu'elle aurait dû basculer sur la France", souligne-t-il.

A la même période l'an dernier, le kilo d'abricot se vendait à 4 euros, contre 2,50 euros aujourd'hui, explique l'agriculteur.

Cette vague de chaleur intervient après une phase beaucoup plus fraîche et il faut désormais composer avec des changements de températures brutaux qui provoquent une forte baisse de la production, explique-t-il.

Les élevages sont eux "passés en mode été", régulant la ventilation pour le confort des bêtes, note Michel Larrère, président de la FDSEA des Landes. "Il faut surtout gérer les heures les plus chaudes de l'après-midi".