Une poignée de maisons dans un cadre alpin enchanteur avec vue sur le mont Blanc : depuis fin juillet, Sainte-Marie-du-Mont, petit village de Chartreuse, est pourtant en mode "survie", contraint de s'approvisionner en eau par camion-citerne.
L'unique source qui alimente le réservoir de 50 m3 situé en haut de ce hameau perché à 1.000 mètres d'altitude coule encore modestement mais, en l'absence de pluies significatives depuis trois mois, elle ne suffit pas à répondre aux besoins de ses 250 habitants.
Chaque lundi et vendredi, un robuste camion chromé normalement dédié au transport du lait remplit sa cuve à une borne à incendie plus bas dans la plaine, puis fonce sur les petites routes menant à Sainte-Marie-du-Mont où il délivre 60 m3 d'eau par semaine, soit les trois quarts de la consommation du village.
Il est missionné et financé par la communauté de communes du Grésivaudan, en charge de la gestion de l'eau dans ce territoire prospère entre Grenoble et Chambéry, jusqu'ici peu coutumier des sécheresses. Les villages de Crêts en Belledonne et Saint-Maximin, de l'autre côté de la vallée, ont également bénéficié de ses services cet été.
Selon Météo-France, 84% de la France était concernée au 20 septembre par une sécheresse décennale (se produisant en moyenne une fois tous les 10 ans). Elle atteint même dans certains territoires des niveaux jamais observés, toutes saisons confondues.
En Chartreuse, cette tendance à la pénurie d'eau est apparue depuis "5 ou 6 ans" et est particulièrement marquée cette année, souligne Matthieu Perrotton, responsable du service eau potable de la communauté de communes.
"En montagne, on pense toujours qu'il y a beaucoup d'eau et qu'on n'aura jamais de problème. Mais il se trouve que certaines petites ressources de coteau ne sont pas forcément si solides que ça en termes de quantité", explique-t-il.
- Comme au Texas -
"Ca a démarré en 2022. Effectivement, il y a moins de pluie l'été", confirme le maire de Sainte-Marie-du-Mont, Clément Bonnet.
Or, le nombre d'habitants est stable depuis plusieurs années et "de mémoire, je n'ai signé aucun permis de construire pour des piscines" : "C'est vraiment la conséquence directe du changement climatique", insiste-t-il.
"Les bêtes manquent d'eau. Mais surtout, la flore est vraiment dans un état catastrophique. On a l'impression d'être au Texas", déplore-t-il, désignant les prés et arbres jaunis prématurément sous les imposantes falaises de la Chartreuse.
La commune, classée en situation de "crise" selon le site gouvernemental VigiEau, est soumise à de nombreuses restrictions mais les habitants, "inquiets", jouent le jeu, selon le jeune élu.
"Ca tient à la survie de leur village et ça touche profondément", relève-t-il.
Magali, une habitante du village depuis 8 ans qui n'a pas souhaité donner son nom, confirme. "Ça rend triste et ça fait peur", se désole-t-elle. "J'ai un petit ruisseau qui passe sur mon terrain. Et d'année en année, l'été, il n'y a plus rien".
- "Plus de village" -.
En cette fin septembre, outre l'Isère, 76 départements comptent des zones en situation de "crise", selon VigiEau , et des solutions sont improvisées un peu partout pour éviter la panne sèche: camion-citerne, mais aussi canalisations posées en urgence.
Pour sécuriser la ressource en eau à plus long terme à Sainte-Marie-du-Mont, la communauté de communes a entrepris des travaux pour capter un nouvel affluent.
Un chantier de plus d'un million d'euros que la municipalité n'aurait jamais pu financer seule, admet Clément Bonnet : "On aurait coupé l'eau. Si la communauté de communes n'avait pas été là, il n'y aurait plus de village".
De leur côté, trois parlementaires écologistes ont indiqué jeudi avoir écrit à la préfecture de l'Isère pour l'appeler à contrôler la consommation d'eau d'une usine de semi-conducteurs STMicroelectronics située non loin, à Crolles, qui utiliserait selon eux "1.000 m3 par heure" d'eau.
En cette période de "stress hydrique", "cette situation n'est pas soutenable et génère un profond sentiment d'injustice", plaident-ils dans leur lettre.