"Bonjour Madame, vous n'avez pas trop chaud ?" En cette journée où le mercure frôle les 35°C à Alfortville, au sud-est de Paris, ils sont plus d'une centaine, tous inscrits sur le registre canicule local, à avoir reçu un coup de téléphone du centre communal d'action sociale.
Installés au rez-de-chaussée d'un ancien bâtiment de la poste accueillant désormais la Maison des solidarités, trois agents municipaux font le point sur les 194 bénéficiaires d'un contact régulier en cas d'évènements exceptionnels, alors qu'une troisième vague de canicule frappe l'Île-de-France.
"Là, vous avez le nom et le prénom de la dame, son âge, si elle a des difficultés à se déplacer, son adresse, le type de logement, si c'est un immeuble, une maison...", détaille Sandrine Lorie, agent du service vie quotidienne, face à un tableau au code couleur indiquant le niveau de vulnérabilité de chacun.
L'objectif: assurer un suivi quasi quotidien des personnes âgées, handicapées ou fragiles afin de mieux leur venir en aide en cas de chaleurs extrêmes - conformément à la loi de 2004, adoptée après la canicule de 2003 qui avait fait 15.000 morts, obligeant les municipalités à tenir ce type de registres.
"On sent qu'ils sont tous fatigués par la répétition des vagues de chaleur. On est début juillet et c'est déjà la troisième canicule...", souffle Sandrine Lorie.
En cas d'absence de réponse aux appels, les agents du CCAS préviennent d'abord l'entourage, puis la police municipale qui peut se rendre au domicile, avant une intervention des services de secours en cas de silence prolongé et jugé inquiétant.
- Dispositif limité -
"Mais au-delà des appels, on est limités dans l'aide qu'on peut apporter", admet Patrick Pieczonka, directeur de l'autonomie du centre communal d'action sociale (CCAS). "Quand quelqu'un a peu de ressources et n'est pas équipé, à part miser sur la solidarité de voisinage, on ne peut pas faire beaucoup plus".
Jusqu'en 2018, Alfortville disposait d'un service communal d'aide à domicile, qui a été abandonné, coupes budgétaires obligent.
"Ca a ses limites, les appels", abonde Étienne Fillol, adjoint au maire chargé des solidarités. "Il serait important qu'on fasse des visites, mais on n'a pas les moyens en termes de ressources humaines".
Déjà, la multiplication des périodes de canicule met en tension le dispositif, activé de plus en plus fréquemment et sur des périodes plus longues, pour une équipe composée à l'origine de trois personnes.
Son fonctionnement repose ainsi sur la mobilisation et la solidarité des agents municipaux. "Même les responsables de direction passent des appels quand il y a besoin", salue Patrick Pieczonka. "Cinq agents d'autres services se sont aussi portés volontaires pour des astreintes les week-ends".
Autre limite: malgré une coordination avec le tissu associatif et une large communication, "on n'a que 192 inscrits au registre sur 45.000 habitants. On se dit qu'il y a forcément des trous dans la raquette", admet Étienne Fillol.
Une problématique qui se pose à l'échelle nationale, où seulement 10% des personnes vulnérables sont aujourd'hui inscrites, selon un rapport de l'association Conséquences.
- Manque de moyens -
Pour tenter d'y remédier, un décret publié le 4 juillet modifie les modalités d'inscription. Les registres sont désormais automatiquement enrichis avec les données informatiques des bénéficiaires de certaines prestations sociales - ce qui devrait, selon le gouvernement, ajouter 2 millions d'inscrits.
"C'est très bien, mais si on passe de 192 inscrits à 450, nos agents vont exploser", alerte l'adjoint aux solidarités d'Alfortville. "Il faudra clairement que l'Etat donne aux communes les moyens d'assumer cette mission".
Par ailleurs, Etienne Fillol regrette une décision prise dans l'urgence.
"C'est dommage que l'Etat se dise +tiens, il faudrait qu'on améliore cette histoire de registres canicule+, seulement lorsque l'on approche des 2.000 morts ou plus, alors que beaucoup de villes le réclamaient depuis longtemps", déplore-t-il.
Le gouvernement a aussi annoncé vendredi le déclenchement d'un "plan Orsec chaleurs extrêmes", qui doit permettre l'ouverture de "centres de protection" ou "de rafraîchissement".
Le délégué général de l'Union nationale des centres communaux d'action sociale (Unccas), Eric Signarbieux, salue "un premier pas", mais qui "ne résout pas le problème de fond du manque de moyens".