Attendu sur la révolte lycéenne, et alors que les crises se multiplient et risquent de s'agréger, Sébastien Lecornu prend la parole mercredi soir pour tenter de sortir de la tourmente, sur fond de débat budgétaire scruté par les marchés.
Dans une allocution depuis Matignon, le Premier ministre évoquera le mouvement des lycéens à la veille d'une nouvelle journée de mobilisation, les prix des carburants qui flambent, une "crise agricole" due aux canicules de l'été et la "situation financière" du pays, avec un coût de la dette qui grimpe.
Avare de sa parole, c'est la première fois qu'il s'exprimera devant les Français depuis la pause estivale, après avoir répondu mardi aux députés.
En attendant, les multiples tensions hexagonales sont commentées outre-Atlantique. Le New York Times évoque mercredi les "polycrises" du pays, sources d'un mécontentement général qui souvent en France s'exprime dans la rue, relève le quotidien américain.
Et l'exécutif craint la coagulation des colères, alors que des parents, des enseignants ou des représentants de la Confédération paysanne avaient rejoint mardi les lycéens.
Un ministre se demande d'ailleurs pourquoi le Premier ministre "fait lui-même la convergence des luttes avant même qu'elle n'ait commencé", prenant ainsi le risque de dramatiser la situation.
- Agacement -
Depuis l'été des canicules à répétition, qui ont percuté de plein fouet les agriculteurs, Sébastien Lecornu surveille leur situation comme le lait sur le feu. Les syndicats agricoles sont unanimement remontés contre le projet de budget qui ne contient pas à leurs yeux le plan de relance promis.
Concentré sur la délicate préparation du budget, le chef du gouvernement n'a pas vu venir le mouvement des lycéens, qui ont défilé massivement mardi et s'apprêtent à poursuivre leurs actions mercredi et jeudi, rejoints par des syndicats de l'éducation.
Matignon avait estimé que le mouvement avait basculé la semaine dernière vers des "violences urbaines". Et devant les députés mardi, Sébastien Lecornu a réitéré un discours de fermeté, tout en ciblant la France insoumise qu'il accuse de "souffler sur les braises" de la colère à quelques mois de la présidentielle.
Un interlocuteur du chef de l'Etat, qui a réuni mardi soir plusieurs ministres à l'Elysée pour faire le point, rapporte un peu d'agacement de sa part sur l'image que renvoie ce maintien de l'ordre. "Il a rappelé qu'on a à faire à des enfants", dit cette source, "ce n'est pas son truc la brutalité".
Les consignes du président au gouvernement reposent sur trois piliers, détaille son entourage : "ordre avec proportionnalité et déontologie", "dialogue et ce d'autant plus que les revendications exprimées correspondent à ce qu'on a essayé de faire" et "lucidité sur certains mouvements qui cherchent à souffler sur les braises".
- Apaisement -
Mercredi, le gouvernement a multiplié les signes d'apaisement.
Face aux accusations de "violences policières" régulièrement dénoncées par LFI, Laurent Nuñez a annoncé suspendre l'usage des grenades assourdissantes pour ce mouvement, suscitant l'ire de Marine Le Pen pour qui Emmanuel Macron "est toujours du côté qui consiste à taper sur la police".
Le Premier ministre a de son côté jugé sur X que "la parole lycéenne est précieuse et doit être entendue", elle nourrira "un plan d'action concret".
"C'est votre maison ici", a-t-il glissé à quelques lycéens présents à son arrivée à l'Assemblée nationale pour les questions au gouvernement.
Car il ne s'agit pas que la colère de la jeunesse fasse tâche d'huile et rencontre les mécontentements de beaucoup de secteurs sur le budget, dont l'adoption s'annonce périlleuse en l'absence de majorité au Parlement, mais devient cruciale pour éviter une crise financière.
Dans un contexte global de hausse des taux d'intérêt, les investisseurs demandent une prime de risque supplémentaire à la France, qui emprunte beaucoup plus cher sur les marchés que l'Allemagne pour financer sa lourde dette.
La directrice générale du Fonds monétaire international, Kristalina Georgieva, a regretté mercredi l'absence d'"action décisive" dans les économies avancées fortement endettées, comme la France, en appelant à des "choix politiques très difficiles" pour assainir leurs finances publiques.
Le FMI a aussi alerté sur une "détérioration durable" du pouvoir d'achat des ménages face à l'inflation alimentée par les guerres.
Sur le front des carburants, dont les prix restent très élevés, le gouvernement a déjà annoncé de nouvelles aides ciblées et le G7 présidé par la France a convenu récemment du déblocage de stocks de gazole pour tenter de réduire la pression.