Le système électrique français est mis à rude épreuve par la canicule qui sévit en ce moment sur la France, mais cette infrastructure essentielle parfois vieillissante doit s'adapter pour se protéger des vagues de chaleur et des intempéries liées au dérèglement climatique.
"Le réseau de transport d'électricité RTE n'anticipe pas de tension, en tout cas nationale majeure sur le réseau", a assuré la ministre déléguée à l'Energie Maud Bregeon mercredi. "Nous n'anticipons pas de tension sur l'équilibre offre-demande. Nous sommes toujours exportateurs nets" d'électricité.
"Aujourd'hui, (il n'y a) pas d'alerte" sur le réseau électrique, a renchéri mardi la présidente du directoire de RTE, Émilie Piette. "On est préparé", a-t-elle promis.
Selon RTE, qui gère le réseau de lignes à haute tension du réseau électrique français, l'incident sur un transformateur dans le Finistère, qui privait encore 38.500 foyers d'électricité mercredi après-midi, est "un incident technique concernant l'infrastructure dans l'Ouest" dans une région qui ne remet pas en cause la sécurité d'approvisionnement du pays.
"On est vraiment dans l'exceptionnel avec 40 degrés", a-t-on souligné à Bercy. C'est un département "en théorie protégé de tels écart de température à la faveur du climat océanique breton".
Les épisodes caniculaires sont néanmoins amenés à se multiplier à cause du réchauffement climatique.
Ailleurs en France, Enedis, qui gère la distribution d'électricité en France, a rapporté que 17.000 clients étaient privés d'électricité mardi à 12H30 à la suite d'incidents liés aux fortes chaleurs, en Gironde, dans les Bouches-du-Rhône et dans le Vaucluse.
Les deux gestionnaires doivent adapter leurs réseaux face à des phénomènes météorologiques, chaleur, tempêtes et crues, de plus en plus fréquentes et exacerbées par le dérèglement climatique.
Ils ont engagé des programmes massifs d'investissements d'ici 2040, 94 milliards d'euros pour RTE et près de 96 milliards d'euros pour Enedis.
Car des lignes sont anciennes, parfois jusqu'à 105 ans, et les besoins évoluent, notamment l'augmentation attendue de la consommation d'électricité avec l'électrification de la France.
Il s'agit de "muscler" le réseau en dédoublant les lignes, en ajoutant des transformateurs ou en les surélevant face au risque de crue ou en remplaçant des pylônes et des câbles.
RTE va renouveler 23.500 km de lignes et remplacer 85.000 pylônes. Il déploie aussi des câbles capables de supporter 85-90°C car, avec des températures de 40°C et la chaleur liée à l'électricité, la capacité technique est parfois atteinte.
"La chaleur dilate les lignes aériennes, et donc le risque, c'est qu'elles se rapprochent du sol", explique Émilie Piette. "Il y a des distances de sécurité à respecter, donc si elles se rapprochent trop du sol, ça pose un problème".
- Moins d'incidents -
"On va limiter le courant pour s'assurer qu'elles ne surchauffent pas, et on va s'assurer que le maillage du réseau est suffisant pour que l'électricité puisse quand même (...) approvisionner tout le monde", ajoute-t-elle.
Enedis procède de son côté à l'enfouissement de lignes et investit dans des outils de prévision météorologique, comme des capteurs sur le réseau et des systèmes de détection précoce des incidents.
"Nous observons depuis le début de la canicule moins d'incidents cette année que dans les canicules précédentes", a affirmé mardi Marianne Laigneau, la présidente du directoire d'Enedis.
C'est "le résultat de nombreux investissements" "pour moderniser et renforcer" le réseau, a-t-elle estimé, avec "près de 7 milliards d'euros ces cinq dernières années".
Côté production, EDF a dû mettre à l'arrêt un réacteur nucléaire et abaisser la production de deux autres en raison de "contraintes environnementales" d'exploitation.
L'énergéticien doit en effet en permanence refroidir ses 57 réacteurs nucléaires. Mais en cas de fortes chaleurs, la hausse de la température des rivières peut le contraindre à réduire, voire arrêter sa production pour éviter de les réchauffer davantage avec ses rejets d'eaux de refroidissement plus chaudes.
Au total, la perte de puissance engendrée par la canicule actuelle "représente 3,5% de la puissance installée du parc nucléaire en France", relativise-t-il. Le groupe va investir 8,7 milliards d'euros d'ici 2040 pour adapter ses installations.
Reste que des centrales à gaz sont mobilisées ces derniers jours. Elles ont assuré jusqu'à 8% de la production d'électricité dans la nuit de mardi à mercredi, devant l'éolien par manque de vent et avant que le solaire ne se mette à produire au lever du jour.