Après dix ans d'opérations en mer, l'ONG SOS Méditerranée mise notamment sur l'assistance de la marine marchande pour pallier le durcissement des Etats dans le secours aux migrants, tout en déplorant une "politique délibérée de non-assistance à personne en danger".
"Depuis que la Méditerranée se vide des navires civils de sauvetage, on est plus en interaction avec les navires marchands", a expliqué Soizic Dupuy, directrice des opérations, lors d'une conférence de presse à Marseille où est basée l'ONG.
SOS Méditerranée intervient déjà auprès d'étudiants de cette filière pour diffuser son "expertise en termes de sauvetage de masse" et souhaite parvenir à "vraiment pénétrer ce secteur du transport maritime".
Sophie Beau, cofondatrice et directrice générale de l'ONG, a ainsi raconté qu'un bateau de marine marchande avait récemment "mis à l'abri de la houle, pendant 24 heures, un tout petit bateau, une coquille de noix, jusqu'à ce qu'on arrive".
Cette nouvelle orientation est le résultat du désinvestissement progressif des Etats dans le secours en mer des migrants.
"Les Etats ont retiré leurs navires de la Méditerranée centrale", a martelé Sophie Beau constatant "une défaillance totale dans l'organisation des secours" et critiquant "une politique délibérée de non-assistance à personne en danger en mer".
"On est beaucoup moins opérationnels, beaucoup moins efficaces dans notre mission parce qu'on ne nous transmet plus les alertes de détresse. En dix ans, on est passé de 70% des cas de détresse signalés par les autorités maritimes à 4%", a-t-elle déploré.
Face à ce "vide", SOS Méditerranée a lancé fin 2025, avec une ONG suisse de pilotes, une opération aérienne pour repérer plus facilement les embarcations et relayer des cas de détresse à tous les acteurs présents sur zone.
Le 7 mars 2016, SOS Méditerranée réalisait son tout premier sauvetage en mer à bord de l'Aquarius. En dix ans, l'ONG a porté assistance à plus de 43.000 personnes en détresse en mer en quelque 450 opérations menées par ses navires-ambulance.
Sophie Beau déplore, au cours de cette décennie, "une criminalisation" croissante de l'action des ONG, un "harcèlement permanent" juridique et administratif et, de plus en plus, une "invisibilisation" de cette cause, alors même que l'année 2026 est la plus meurtrière depuis 2014.
La Méditerranée centrale est la route migratoire la plus dangereuse du monde, selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), qui dénombre 1342 personnes disparues en mer depuis le début de l'année.