"Éviter des dérives" : des parents et ados saluent l'interdiction des réseaux aux moins de 15 ans

TikTok, Snapchat et Instagram bientôt bannis des téléphones: après le vote de la loi interdisant ces plateformes aux moins de 15 ans, qui entrera en vigueur en septembre, parents et adolescents se montrent globalement favorables à la mesure, malgré des interrogations sur son application.

Typhène, 13 ans, croisée à Lyon en compagnie de sa mère, n'est pas inquiète de l'interdiction qui pèsera bientôt sur elle.

"Pour moi, ça changera pas grand-chose, mais certains ça va beaucoup les déranger", dit l'adolescente.

Les seules plateformes qu'elle utilise sont YouTube et WhatsApp "le soir, pour appeler mes parents ou discuter avec mes amis". Pas de TikTok ou Snapchat car "mes parents ne veulent pas", précise-t-elle.

"C'est un sujet qui me tient à coeur", commente sa mère, Alizée Fruon, assistante maternelle de 38 ans, qui réside dans le Lot.

"Bien sûr, l'interdiction reste une répression, mais si ça peut éviter des dérives...", poursuit-elle, évoquant notamment le sujet de la pédocriminalité sur les réseaux. "C'est ça qui fait le plus peur".

- "Guerre" à la maison -

Si la plupart des réseaux sociaux fixent l'âge d'entrée à 13 ans pour leurs utilisateurs, cette règle est jusqu'à présent peu, voire pas contrôlée. Et facilement contournée par de nombreux pré-adolescents.

D'après une étude publiée en février par l'Arcom, qui avait notamment interrogé quelques 2.000 enfants, près d'un sur deux (44%) utilise les réseaux sociaux avant 13 ans.

C'est notamment le cas de Louise, 12 ans, qui admet avoir déjà installé TikTok en cachette de ses parents, "et c'était pas la meilleure chose à faire : j'ai vu mes notes baisser".

Dans la famille, installée à Pontoise, en région parisienne, les écrans, et les réseaux sociaux en particulier, sont au coeur "d'une guerre permanente à la maison", témoigne la mère de Louise, Géraldine Doussier, 47 ans.

"Quand je vois les ravages que ça produit sur l'aîné, qui a 16 ans, je me dis que si c'est interdit pour sa soeur, ce sera très bien".

Pour elle, "plus tard les enfants sont confrontés aux réseaux, mieux c'est... Ça les empêche de vivre tellement de choses sur le plan social".

Louise utilise surtout Snapchat "parce que c'est à la mode, mais si c'est interdit, je parlerai à mes amies par messagerie".

Nathan, 14 ans, venu de Guadeloupe pour passer les vacances à Paris en compagnie de sa tante, se promène une glace à la main. L'adolescent, qui estime passer deux heures par jour sur les réseaux, n'est pas davantage effrayé par la mesure.

"Pour moi spécialement, ce n'est pas forcément un problème, parce que j'aurai bientôt 15 ans. Mais ça évite aussi qu'il y ait beaucoup de problèmes sur les réseaux sociaux pour ceux qui ont 13 ou 14 ans", témoigne le jeune garçon, qui évoque les "contenus inappropriés" qui circulent en ligne.

- Loi "inutile" -

Parmi les parents et enfants interrogés, certains sont plus réservés sur l'efficacité d'une telle interdiction.

Nathalie Sortais, infirmière niçoise de 48 ans, est venue faire découvrir Paris à sa fille Nora, qui fêtera ses 15 ans avant l'entrée en vigueur de l'interdiction.

"Je ne sais pas si le fait de mettre une interdiction aussi ferme (...) va résoudre le problème", explique-t-elle.

"Il faudrait plutôt se poser la question de savoir comment on peut accompagner réellement ces jeunes dans une utilisation plus intelligente et plus régulée des réseaux", ajoute-elle, en se demandant si les plus jeunes ne trouveront pas des "moyens détournés" d'utiliser ces plateformes.

La question occupe déjà les pré-adolescents.

"+Pas de réseau (sic) sociaux pour les moins de 15+, la loi la plus inutile on va tous trouver une tech (technique, NDLR) en moins de 24h", prévient une adolescente sur une vidéo TikTok.

En réponse, de nombreux utilisateurs semblent avoir déjà trouvé des solutions, et suggèrent notamment d'utiliser un VPN, un outil permettant de se localiser dans un autre pays, et donc potentiellement d'échapper aux mesures mises en place par les plateformes.