Eté brûlant: une ville de Provence engagée pour faire baisser le thermomètre

Des voiles protégeant des aires de jeux, un revêtement laissant filtrer l'eau dans les sols, une école flambant neuve en matériaux recyclés. Face à la canicule en Provence, la petite ville de Cuers s'affiche en laboratoire d'adaptation au réchauffement climatique.

"On met toutes les solutions un petit peu à l'essai", résume Bernard Mouttet, maire de la commune de 13.000 habitants qui a lancé sa démarche après un pic de chaleur record en juin 2022. "Le réchauffement climatique il est là (...) maintenant il faut être dans l'action" et "adapter nos bâtiments, nos rues, nos espaces", dit-il à l'AFP.

Devant la mairie, autour du parking écrasé de soleil, des passants trouvent refuge à l'ombre des arbres. Dans le square attenant, des ouvriers fixent les derniers voiles d'ombrage surplombant une aire de jeux.

"En prenant la température au sol, si au soleil c'est 60 degrés, sous les voiles d'ombrage on arrive à baisser la température pratiquement de moitié", souligne l'édile, divers centre.

Nichée au milieu des collines boisées et des vignobles de l'arrière-pays toulonnais, Cuers consacre chaque année entre 200.000 et 300.000 euros à ses projets d'adaptation, sur environ cinq millions d'euros d'investissements travaux.

Il y a des plantations d'arbres --une trentaine chaque année, frênes, ormes, platanes-- et la pose sur les trottoirs d'un revêtement à base de poix évitant le pétrochimique et de couleur claire pour perdre 25 degrés au sol.

Avec parfois certains couacs que la mairie reconnaît: ce même revêtement n'était pas adapté sur la chaussée et noircissait sous les pneus, perdant ses bienfaits.

- "Ville basse température" -

Le groupe scolaire --deux écoles primaires, 22 classes-- a été reconstruit pour 13 millions d'euros suivant un label "Bâtiment durable Méditerranée" avec de faux plafonds et des parois en fibre de bois, ainsi que des moucharabieh aux fenêtres contre le soleil. Remplaçant la cour goudronnée, un revêtement drainant, laissant l'eau s'infiltrer dans les sols, et parsemé d'"oasis" de verdure, décorées de lavandes.

Ici pas de climatisation mais un système pulvérisant des micro-gouttelettes d'eau sur des panneaux refroidissant, réduisant "quasiment de dix degrés" la température des classes, selon la mairie.

En 2025, le plan local d'urbanisme a été modifié pour guider le foncier privé vers certains aménagements, le choix des matériaux ou l'orientation des bâtiments pour une ventilation optimale.

Cet engagement fait déjà des émules et Cuers organise en septembre la troisième édition de son salon professionnel pour promouvoir son concept de "ville basse température l'été."

"Au début de la démarche, beaucoup de maires rigolaient. Et là, on s'aperçoit que Cuers est pris en exemple", s'enorgueillit M. Mouttet.

Il évoque "le mail d'une commune de 50.000 habitants à côté de Bordeaux, qui veut développer notre concept."

- Ilots de fraîcheur -

Plus proche, la commune varoise voisine de Carnoules s'en est aussi inspirée en installant des voiles d'ombrage dans la cour des écoles primaire et maternelle.

Cela évite le réchauffement du sol, "protège les façades et les vitres du rez-de-chaussée", empêchant la "réverbération dans les classes" et faisant baisser la température d'environ sept degrés à l'intérieur, se félicite le maire Christophe Cortes.

Des climatiseurs ont été installés dans quatre salles et dans le restaurant scolaire. Dans sa commune le maire veut "végétaliser encore plus": "il est urgent que l'on ait ces îlots de fraîcheur."

Cet engagement, à leur niveau, des communes, intervient au moment où le gouvernement essuie des critiques en pleine multiplication des épisodes caniculaires qui ont pour certains révélé l'impréparation du pays.

Il y a notamment les réductions du Fonds vert, destiné à financer les projets des collectivités territoriales pour l'adaptation au changement climatique. Des financements divisés par trois entre 2024 et 2026, passant de 2,5 milliards d'euros à 837,5 millions.

Guillaume Pouyanne, enseignant-chercheur à l'Université de Bordeaux espère "un peu plus de volontarisme politique", alors qu'existe "une imbrication des compétences qui font que finalement, il faudrait réunir tout le monde autour de la table."

Mais, concède-t-il, "l'action publique est lente." Or la canicule "préfigure d'une certaine manière notre futur, le climat de demain. Ce genre d'épisode va se multiplier."