Episode de chaleur: à la veille d'examens, l'anticipation en question

Privilégier les salles à l'ombre, fermer les stores, se désaltérer. À la veille des épreuves du bac professionnel, le gouvernement a appelé les chefs d'établissements au "bon sens" pour faire face aux fortes chaleurs, mais les syndicats déplorent un manque d'anticipation et l'absence de mesures structurelles.

Environ 194.000 candidats du baccalauréat professionnel passent jeudi et vendredi des épreuves écrites, en pleine vague de chaleur particulièrement précoce. Elle devrait se poursuivre au moins jusqu'à ce week-end en gagnant progressivement les régions de l'est, selon Météo-France, qui a placé 13 départements de l'ouest en vigilance orange canicule mercredi.

- "Dans la mesure du possible" -

Le ministre de l'Éducation Édouard Geffray a écarté l'idée de reporter les épreuves, rappelant des mesures de "bon sens".

Le ministère a ainsi appelé mardi les chefs d'établissements ou de centres d'examen à privilégier les salles à l'ombre, fermer les stores, permettre aux élèves de sortir de la salle pour se désaltérer, "dans la mesure du possible" et "sous réserve des configurations locales".

"Pour les examens, certaines épreuves ont été placées le matin, mais il reste de nombreux angles morts", relève Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU, majoritaire dans le second degré.

"Les locaux sont tout aussi inadaptés pour les cours que pour les examens (...) et les points d'eau ne vont pas apparaître par miracle cette nuit", ajoute-t-elle.

Grégoire Ensel, porte-parole de la Fédération des conseils de parents d'élèves (FCPE), se dit "effaré". Les canicules de mai à septembre sont "annoncées par les climatologues" et donc "totalement prévisibles", or "ce qu'on constate c'est qu'il n'y a pas de mesures, de plans anticipés pour les établissements scolaires, qu'il s'agisse des écoles, collèges, lycées ou encore de cette période d'examens."

- "Se débrouiller" -

En Gironde, les températures maximales devraient être comprises entre 35°C et 37°C jeudi.

"C'est toujours pareil, ce n'est pas préparé, pas organisé. On a l'impression qu'ils ne vont rien faire tant qu'il n'arrivera pas quelque chose de grave et en attendant, c'est à chacun de se débrouiller", déplore Eric Mouchet, secrétaire du SNETAA-FO pour l'académie de Bordeaux.

Quid en cas de malaise ? "Il y a des établissements qui n'ont pas d'infirmières depuis longtemps, sans contractuel pour les remplacer", prévient Gwenaëlle Durand, secrétaire générale du syndicat des infirmiers scolaires SNIES-UNSA.

Selon Géraldine Jousseaume, secrétaire du SNUEP-FSU pour l'académie de Bordeaux, le proviseur de son lycée à Blaye (Gironde), privilégie "déjà" les salles à l'ombre, "mais c'est à la marge".

"On n'a pas beaucoup de latitude, il faut que les salles soient assez grandes et leur exposition au soleil n'est pas la même le matin et l'après-midi", relève-t-elle. Et les numéros de salles figurent déjà sur les convocations et ne sont "pas modifiables".

Mais les situations sont "extrêmement variables d'un établissement à l'autre", pointe Agnès Andersen, secrétaire générale du syndicat de chefs d'établissements ID-FO, en fonction de l'état du bâtiments et des moyens dédiés.

"La plupart des bâtiments ne sont pas bien isolés, or le phénomène est récurrent, l'an dernier on avait mesuré des températures à plus de 30 degrés dans les salles d'examen", rappelle Isabelle Aubry, secrétaire du SNETAA-FO pour l'académie de Limoges.

Selon elle, "ce qui manque fondamentalement, c'est l'anticipation sur la durée, d'investir dans des climatiseurs, des brumisateurs, des communes le font par exemple pour leurs écoles".

Dans son établissement, à Saint-Junien (Haute-Vienne), "on prévoit déjà les examens dans les salles du rez-de-chaussée et on privilégie les ailes orientées au nord" mais elle n'est "pas sûre que tous puissent le faire, en centre-ville notamment".

Interrogé par l'AFP, le ministère de l'Éducation nationale souligne ne pas disposer de budget pour aménager les sites scolaires, qui relèvent des collectivités locales.

Le programme EduRénov, lancé en mai 2023 par la Banque des Territoires, a permis de mobiliser une enveloppe de 2 milliards d'euros de prêts pour financer les travaux de rénovation de 10 .000 écoles, collèges et lycées (...) d'ici à 2027, rappelle le ministère. À ce jour, plus de 6 .200 projets sont engagés, précise-t-il.

Les épreuves écrites du bac général commenceront le 11 juin, avec l'épreuve anticipée de français.