Environnement

Nicolas Hulot quitte le gouvernement

©Bertrand Guay/AFP

Après un an d'atermoiements et faute d'obtenir des avancées suffisantes en matière d'environnement, le ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot a annoncé mardi qu'il avait pris la décision de quitter le gouvernement.

"Je prends la décision de quitter le gouvernement", a déclaré Nicolas Hulot sur France Inter, après avoir confié qu'il se sentait "tout seul à la manoeuvre" sur les enjeux environnementaux au sein du gouvernement.

Nicolas Hulot a précisé qu'il n'avait prévenu ni le président ni le premier ministre de cette décision, par crainte qu'ils ne le convainquent de rester au gouvernement. "C'est une décision d'honnêteté et de responsabilité", a-t-il déclaré.

"Le premier ministre, le président de la République ont été pendant ces 14 mois à mon égard d'une affection, d'une loyauté et d'une fidélité à toute épreuve", a confié le ministre, mais malgré cela, le gouvernement n'a pas su donner la priorité aux enjeux environnementaux, a-t-il plaidé, estimant n'avoir pu obtenir que des "petits pas".

L'ex-présentateur de l'émission "Ushuaïa" s'était pourtant précédemment amusé des commentaires récurrents sur ses premiers mois de ministre de la Transition écologique, assurant en janvier qu'avaler des couleuvres n'était pas dans ses "talents".

Il reconnaissait malgré tout des "déconvenues, de l'impatience et même parfois des éruptions de colère" quand les choses n'avançaient pas assez vite. "Je n'y crois plus", a-t-il finalement résumé mardi, assurant ne pas regretter "une seconde" d'avoir accepté le poste mais faire ainsi "un acte de sincérité".

Juste après sa victoire sur Notre-Dame-des-Landes, il décrivait le "plaisir monstrueux" qu'il aurait à retourner dans l'ombre, assurant que ce poste serait son "ultime expérience publique".

Mais malgré les déceptions, certains défenseurs de l'environnement continuaient à voir en lui le meilleur avocat de la cause qu'il défendait depuis des décennies notamment en ayant eu l'oreille des présidents Chirac, Sarkozy et Hollande.

"Un an" pour juger

L'ancien militant de 62 ans, qui s'était donné "un an" pour juger de son utilité au gouvernement, restait parmi les personnalités politiques préférées des Français, selon des sondages.

En 2017, après une campagne présidentielle où il n'avait soutenu aucun candidat, et avait finalement voté pour pour le socialiste Benoît Hamon, il avait accepté de se mettre au service d'Emmanuel Macron, une belle prise pour le nouveau président.

Un an plus tôt, il avait renoncé à la course présidentielle, alors qu'il était crédité de 10 % des voix dans les sondages.

L'écologiste au caractère secret confiait "ne pas être fait pour la politique telle qu'elle se pratique aujourd'hui", "un monde où les violences et les tensions sont énormes". "Mon plus grand trésor, c'est mon indépendance", disait-il avant de dire oui à Emmanuel Macron.

En janvier 2016, sollicité par François Hollande pour entrer au gouvernement, il avait décliné, faute d'assurances suffisantes sur l'abandon du projet de Notre-Dame-des-Landes, la renégociation du traité de libre échange UE-Canada (Ceta) et une réforme de la fiscalité.

Dans la perspective de la COP21, il avait été pendant trois ans son "envoyé spécial pour la planète", avec un bureau à l'Elysée.

Ce compagnonnage au plus haut sommet de l'Etat avait débuté avec Jacques Chirac, croisé à la fin des années 90. Au sommet de la Terre de Rio (2002), les deux hommes rencontrent ensemble Nelson Mandela et Hulot devient un visiteur régulier à l'Elysée.

Lecture et kite-surf

En 2007, il hésite - déjà - à se présenter à la présidentielle avant d'imposer son "Pacte écologique" aux candidats. Nicolas Sarkozy le signe et, aussitôt élu, lance le Grenelle de l'Environnement, concertation qui débouche sur deux lois importantes.

Mais l'abandon du projet de taxe carbone refroidit les relations entre Hulot et Sarkozy, avant même la déclaration de ce dernier sur l'écologie qui "commence à bien faire".

En 2009, l'échec commercial de son film "Le syndrome du Titanic", critiqué pour son catastrophisme, le plonge dans le doute.

En 2011, il franchit le pas en se présentant à la primaire des Verts, un parti pas toujours tendre avec lui, mais les militants préfèrent Eva Joly.

Comme à chaque déconvenue, le natif de Lille, élevé à Paris, se replie dans sa maison en Bretagne, où il vit avec sa femme et ses enfants. La lecture et le kite-surf aident le "commandant couche-tôt" à se ressourcer.

Au fil des ans, son discours insiste davantage sur les liens entre écologie et solidarité. Il avait d'ailleurs dans son porte-feuille de ministre l'économie sociale et solidaire.

Avec AFP.