Après un début d’été déjà exceptionnel, la France a connu du 28 juillet au 19 août une cinquième vague de chaleur longue de 23 jours, égalant le record de durée établi en 1983. Dans les Alpes et les Pyrénées, ces épisodes successifs ont aussi laissé des traces. À la mi-juillet, 2026 s’annonçait déjà comme l’une des pires années récentes pour les glaciers.
La chaleur n’explique pourtant pas, à elle seule, leur recul. Celui-ci s’inscrit dans une évolution beaucoup plus ancienne liée au réchauffement climatique : dans les Alpes, environ la moitié du volume de glace a déjà disparu depuis 1900, selon Météo-France. Mais lorsque des températures élevées surviennent tôt et se prolongent, comme cet été, elles peuvent considérablement aggraver les pertes.
Une neige protectrice disparue trop tôt
Pour comprendre pourquoi, il faut d’abord regarder ce qui se passe avant même que la glace commence à fondre. Durant la saison froide, la neige qui s'accumule sur les glaciers constitue une réserve, mais aussi une protection contre le rayonnement solaire.
Or, en 2026, les fortes chaleurs ont commencé particulièrement tôt. Dès le mois de mai, alors que les glaciers se trouvent habituellement encore dans une phase d’accumulation, la fonte avait déjà débuté. Puis, en juin, une partie importante de leur couverture neigeuse avait disparu.
Cette disparition précoce accélère la suite du processus. Très claire, la neige renvoie une part importante du rayonnement solaire. Une fois celle-ci fondue, la glace plus sombre absorbe davantage d’énergie et se réchauffe plus facilement : c'est l'effet d'albédo. "Cela provoque une accélération de la fonte", résumait en juillet auprès de TF1info Matthias Huss, glaciologue et responsable du réseau suisse de surveillance des glaciers GLAMOS.
À la fin du mois de juin, les glaciers avaient ainsi déjà consommé la neige accumulée pendant l'hiver et commençaient à perdre de la glace ancienne. Le 29 juin marquait leur "jour de recul", date à partir de laquelle leur bilan annuel devient négatif. Seule l'année record de 2022 avait atteint ce stade plus tôt.
Des montagnes déjà particulièrement exposées
Ces vagues de chaleur interviennent surtout dans un environnement où les températures ont fortement augmenté. Dans les Alpes, elles ont progressé d'environ 2,5 °C depuis 1900. Les montagnes françaises se réchauffent davantage que la moyenne du territoire, une tendance qui devrait se poursuivre au cours du siècle.
À la fonte des glaciers s'ajoute alors un phénomène moins visible : le dégel du pergélisol, ou permafrost. Présente en permanence dans certaines parois, cette glace contribue à maintenir les blocs rocheux entre eux. Lorsqu'elle se dégrade, la montagne devient plus instable et les risques d'éboulements augmentent.
Un phénomène particulièrement visible cet été dans le massif du Mont-Blanc. Mi-août, le géomorphologue du CNRS Ludovic Ravanel alertait sur le "désenglacement des faces nord", traditionnellement parmi les plus froides, dont certaines étaient devenues complètement sèches. Deux refuges permettant l'ascension du Mont-Blanc ont également dû fermer en raison du risque de chutes de pierres.
Ces transformations affectent directement la pratique de la montagne. Dans les massifs du Mont-Blanc, des Écrins et de la Vanoise, plus d'un tiers des itinéraires sont désormais dangereux ou impraticables à certaines périodes estivales.
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Des conséquences jusque dans les vallées
La disparition progressive des glaciers ne transforme pas seulement les paysages ou les pratiques sportives. Elle modifie aussi le fonctionnement hydrologique des territoires situés en aval.
Contrairement à la neige, qui peut se reconstituer chaque hiver, un glacier stocke de l'eau tombée parfois plusieurs décennies ou siècles auparavant. En libérant progressivement cette eau pendant les périodes chaudes et sèches, il contribue à soutenir le débit des cours d'eau précisément au moment où les précipitations se raréfient.
Une fonte accélérée peut donc, dans un premier temps, augmenter la quantité d'eau libérée. Mais cette abondance est trompeuse : elle correspond à la consommation d'une réserve qui ne se reconstitue plus suffisamment. À mesure que le glacier rétrécit, sa capacité à jouer ce rôle de tampon diminue. Agriculture, hydroélectricité ou encore certaines activités industrielles peuvent ainsi être concernées par cette évolution.
Une fonte appelée à se poursuivre
Les canicules de 2026 constituent donc un accélérateur d'une transformation engagée depuis bien plus longtemps. Depuis 1850, les glaciers alpins ont perdu environ 70 % de leur volume. Même dans les scénarios climatiques les plus favorables, les glaciers français devraient presque tous disparaître d'ici à la fin du siècle, à l'exception possible de ceux situés à très haute altitude.
Et leur vulnérabilité pourrait encore augmenter avec la multiplication des épisodes de chaleur. Météo-France observe déjà des vagues de chaleur plus précoces et plus tardives et prévoit qu'elles deviendront plus nombreuses, longues et intenses à mesure que le climat se réchauffe.
L'enjeu n'est donc pas seulement celui d'une année 2026 particulièrement défavorable. Lorsqu'un glacier perd pendant l'été davantage de glace qu'il n'en a accumulé durant l'hiver, il entame un stock constitué sur un temps infiniment plus long. Et plus ces années déficitaires se répètent, moins il dispose de temps pour résister à la suivante.