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Environnement

Hulot appelle à "oser une mutation en profondeur"

©Frederic Legrand/COMEO

Le "grand débat" est "une opportunité" que le gouvernement doit saisir pour agir "en grand", estime Nicolas Hulot, revenu mercredi à la tête de sa fondation, dans un entretien à l'AFP cinq mois après sa démission du gouvernement.

Q : Comment comptez-vous agir à la tête de votre Fondation ?

R : "Je reviens comme président d'honneur: je serai moins dans l'opérationnel, peut-être plus dans la réflexion. C'est une manière de revenir progressivement. Je veux prendre le temps de voir comment rassembler, faire émerger les bonnes idées, faire en sorte que la créativité en France et ailleurs puisse à la fois inspirer les politiques et en même temps les libérer, leur donner une sorte de mandat implicite pour oser opérer une mutation en profondeur. Il faut faire la jonction, on n'y arrivera pas les uns sans les autres, les politiques sans les citoyens, et les citoyens sans l'action politique.

Q : Voulez-vous dire que les élections ne suffisent plus ? Que pensez-vous du "grand débat" en cours ?

R : C'est bien de faire de la démocratie participative, des débats, des consultations, mais c'est une chose plus efficace d'entendre. Quand on fait les Assises de l'alimentation (en 2017), qu'on met à contribution des hommes et femmes et que la plupart des préconisations restent lettre morte, ça, ça ne peut plus durer!

Avec ce débat, nous avons une opportunité magnifique: chacun doit l'alimenter et la responsabilité du gouvernement sera d'en tirer la quintessence avec une grande ambition, en étant capable de sortir des sentiers battus.

Il faut oser penser les choses en grand. Si on fait une réforme du modèle alimentaire, on va jusqu'au bout! Si l'on s'évertue à prolonger un modèle économique qui a eu ses succès mais qui est aujourd'hui la cause de désordres, parce qu'il épuise les ressources et concentre les richesses, il ne faudra pas s'étonner que demain les colères sonores ou sourdes se rejoignent.

Q : Comment comptez-vous concrétiser votre action ?

R : Je n'ai pas de stratégie politique, j'ai envie de mettre en valeur ce qui peut contribuer à être la solution, rassembler les états d'esprit constructifs. Déjà ce simple rôle est essentiel dans une France sur le fil du rasoir et pas loin de s'éparpiller dans tous les sens.

Je n'ai pas l'intention de refaire du lobbying permanent, de m'exprimer sur tous les sujets, d'occuper tous les plateaux. Ce que l'on doit apporter est un peu de recul et ne rien faire qui ajoute de la division à la division.

Q : On vous sent de fait très prudent dans vos critiques à l'égard du gouvernement.

R : Oui, parce que d'abord j'ai gardé pour ce gouvernement une certaine affection. Et je ne peux en aucun cas me réjouir des difficultés qu'il rencontre car ce sont des difficultés que la France rencontre.

Il faut aller maintenant vers une exigence: équité fiscale, revitaliser la démocratie, partager une vision.

Q : Comment comptez-vous intervenir dans la campagne des européennes ?

R : Avec la Fondation nous aurons nos propositions. Je serai avec parcimonie disponible pour essayer de convaincre de leur pertinence.

J'ai le sentiment que maintenant, et je le vois en Belgique, en Suisse, en France... malgré la focalisation sur le mouvement des "gilets jaunes", la préoccupation climatique s'exprime et il faut lui donner une réponse à la hauteur.

Si on parle de condition d'existence de l'humanité, ce n'est pas une petite affaire. Comme le dit cette pétition de plusieurs ONG, c'est "l'affaire du siècle" ! En quelques jours, plus de deux millions de personnes disent au gouvernement "allez-y, agissez", je vois ça comme une action positive (pour le gouvernement).

Q : Pensez-vous vous impliquer dans la recomposition d'une gauche éclatée, qui relaie aujourd'hui en partie vos combats ?

R: La réponse est clairement non, pour l'instant mon rôle n'est pas là. Comme simple citoyen, je regrette cette dispersion. On m'accorde probablement beaucoup plus de vertus que je n'en ai d'avoir cette capacité à rassembler cette gauche. Peut-être le fera-t-elle naturellement. En tout cas moi je l'appelle de mes voeux en tant que citoyen.

Q : Communiquerez-vous vos choix personnels à l'élection ?

R : Non, je me prononcerai sur des idées, des valeurs. Je reprends ma neutralité et chacun saura lire entre les lignes.

Avec AFP.