Limites planétaires dépassées, nécessité d’accélérer le passage à l’échelle des solutions, transformation des modèles économiques : pour lui, l’enjeu est clair : il ne s’agit plus seulement d’innover, mais de repenser en profondeur notre manière d’agir collectivement.
Vous placez cette édition sous le prisme des limites planétaires, dont plusieurs sont déjà dépassées. Est-ce que cela change fondamentalement la manière dont vous sélectionnez et priorisez les solutions présentées à ChangeNOW ?
Actuellement, 7 des 9 limites planétaires ont été franchies. Il est important de l’entendre et de le faire savoir.
Le cadre des limites planétaires nous oblige à sortir d’une approche en silos pour adopter une lecture systémique. On ne regarde plus une solution uniquement pour son impact sur un enjeu donné, mais pour sa capacité à agir sans dégrader d’autres équilibres du système Terre.
Concrètement, cela influence notre sélection de deux manières.
D’abord, cela nous pousse à privilégier des solutions qui répondent aux limites les plus critiques aujourd’hui dépassées, comme le climat et la biodiversité, mais aussi à valoriser des solutions qui répondent à des enjeux parfois sous représentés comme les nouveaux polluants chimiques ou le cycle de l’eau. Cela permet d’aligner les priorités avec l’état réel de la planète, tel qu’établi par la science. Ensuite, cela nous permet de mettre en lumière des solutions qui ont des co-bénéfices - c’est-à-dire capables d’agir positivement sur plusieurs limites à la fois. Typiquement, certaines solutions agricoles ou liées à la restauration des écosystèmes peuvent avoir des impacts simultanés sur le climat, la biodiversité et les cycles de l’eau.
Mais au fond, ce qui change le plus, ce n’est pas seulement la sélection - c’est la grille de lecture proposée aux participants.
On veut permettre à chacun - décideurs, entreprises, citoyens - de comprendre comment les solutions s’inscrivent dans un cadre global.
ChangeNOW se positionne comme un catalyseur de mise en relation entre innovateurs, investisseurs et décideurs. Concrètement, qu’est-ce qui permet aujourd’hui à une solution présentée au sommet de changer d’échelle rapidement et qu’est-ce qui bloque encore ?
Nous dévoilons, lors du sommet, notre rapport d’impact, basé sur plusieurs mois de collecte de données et de témoignages.
À ChangeNOW, nous rassemblons tout ce dont les solutions ont besoin pour se développer, et surtout pour se développer plus vite.
Ce qui permet à une solution de changer d’échelle, ce sont d’abord des clients et des partenariats. Et sur ce point, les chiffres parlent d’eux-mêmes : pour les solutions exposantes l’an dernier, 57 % de leurs prospects annuels ont été générés pendant les trois jours du sommet.
De nombreuses levées de fonds se concrétisent également directement à l’issue du sommet pour les initiatives présentes. Et pour cause, ChangeNOW réunit 1 200 investisseurs représentant plus de 9 000 milliards de dollars d’actifs sous gestion.
Les solutions ont également besoin de talents. C’est pourquoi nous organisons un salon de recrutement, qui a attiré 5 000 candidats, venus mettre leurs compétences au service de la transition.
Et bien sûr, il y a la question de la visibilité. Nous recevons régulièrement des retours très forts, comme celui de la solution allemande Plastic Fischer, qui a fait la une des médias nationaux après le sommet, et nous expliquait que ChangeNOW lui avait apporté en quelques jours la visibilité qu’elle cherchait depuis six ans.
Enfin, nous faisons en sorte de connecter ces solutions avec des décideurs publics, français et internationaux, pour faire évoluer les cadres réglementaires.
Car malgré les avancées, le principal frein aujourd’hui reste l’instabilité réglementaire. C’est sans doute le facteur qui ralentit le plus fortement le passage à l’échelle des solutions de la transition.
Au fond, notre rôle est simple : créer les conditions pour que, en trois jours, ce qui prend normalement des mois - voire des années - puisse s’accélérer.
Entre climat, biodiversité, ressources et inclusion, vous abordez des crises profondément liées. Comment éviter une approche fragmentée et construire des réponses réellement systémiques ?
Pendant longtemps, on a abordé ces sujets de manière silotée : le climat d’un côté, la biodiversité de l’autre, les enjeux sociaux encore par ailleurs. Mais la réalité, c’est que ces enjeux sont profondément interconnectés, et qu’on ne peut pas les traiter séparément.
Depuis nos débuts, nous avons refusé d’être un sommet uniquement dédié au climat. Nous avons toujours défendu une approche holistique, au-delà même de l'environnement. ChangeNOW, c’est avant tout un événement qui montre la voie d’un monde meilleur.
Car au fond, la transformation la plus profonde que nous devons opérer n’est pas technologique. Elle est philosophique.
Cela commence peut-être par quelque chose de simple : réapprendre la générosité.
Parce qu’il n’y a pas de régénération sans générosité.
Un monde régénératif n’est possible que si nous laissons de l’espace aux autres. Il faut penser en termes de valeur créée et partagée, plutôt que simplement de valeur captée. La nature elle-même nous l’enseigne. En apiculture, si l’on prélève tout le miel sans rien laisser à la colonie, elle ne survivra pas à l’hiver. Il en va de même pour nos économies, nos écosystèmes et nos collaborations.
La vraie réponse systémique commence là.
Au fil de l’échange, une conviction s’impose : face à des crises systémiques, les réponses ne peuvent plus être fragmentées. Si ChangeNOW 2026 se veut un accélérateur de solutions concrètes, son ambition va plus loin : transformer notre grille de lecture et nos modes de coopération.
Derrière les innovations technologiques et les dynamiques économiques, Santiago Lefebvre appelle à une évolution plus profonde : replacer la notion de partage, de valeur collective et de “générosité” au cœur des modèles. Une condition, selon lui, indispensable pour faire émerger un monde véritablement durable et régénératif.
En partenariat avec ChangeNOW 2026.