En Seine-et-Marne, une friche industrielle enfin dépolluée par le géant minier Rio Tinto

Un enjeu d'image pour un groupe minier, un serpent de mer pour les élus locaux : le géant Rio Tinto a dépollué et s'apprête à céder un ancien site industriel à Dammarie-les-Lys (Seine-et-Marne), acquis au gré de fusions d'entreprises et qui ne produisait plus depuis des décennies.

Un chapiteau blanc hermétique de 150 mètres sur 50, installé pour éviter d'importuner le voisinage avec de fortes odeurs d'ammoniac. A l'intérieur, un trou de plusieurs mètres de profondeur, au fond duquel sont garés quatre engins de chantier. Y reposaient précédemment les résidus d'une intense activité industrielle.

Le spécialiste de l'aluminium Pechiney, grand nom de l'industrie française du XXe siècle, a cessé d'exister après son acquisition par le Canadien Alcan en 2003. Mais il continue de hanter certains territoires.

A Dammarie-les-Lys, en bordure de Seine où Rio Tinto avait convié collectivités et médias mardi matin, le sujet de la dépollution du site industriel actif entre 1907 et 2006 mobilise les services publics depuis "quarante ans", a rappelé mardi Sébastien Lime, le secrétaire général de la préfecture de Seine-et-Marne.

Ancienne fonderie d'aluminium connue sous le nom d'Affimet, puis site de recyclage de métaux et de traitement de câbles, le site est tombé dans l'escarcelle de Rio Tinto, qui a acheté Alcan en 2007.

Soit après la fin de l'activité à Dammarie-les-Lys.

Mais le géant minier anglo-australien revendique que sa "responsabilité environnementale" "implique aussi d'assumer le passé", a affirmé mardi Jérôme Pécresse, directeur général de sa branche aluminium.

L'enjeu d'image est évident pour le groupe, grand nom d'un secteur régulièrement brocardé pour l'impact de son activité sur l'environnement et sur la vie de ceux qui vivent à proximité de ses sites d'activités.

Les géants miniers s'efforcent désormais de montrer patte blanche en la matière, sans toujours convaincre.

"Etre un groupe minier nous prédispose naturellement à traiter de ces sujets du mieux possible", a estimé M. Pécresse auprès des médias présents, dont l'AFP. "Quand vous fermez une mine, vous la rendez dans le meilleur état possible".

- 2.500 rotations -

En l'espèce, l'entreprise a excavé 38.000 m3 de résidus d'activités industrielles depuis le printemps 2025, notamment des "scories salines" entreposées sur le site, nécessitant "plus de 2.500 rotations de camions".

"Stabilisés", ces déchets ont été transférés dans différents sites de stockage de déchets dangereux gérés par des spécialistes, à Villeparisis (Seine-et-Marne) chez Suez, à Guitrancourt (Yvelines) chez Veolia, à Laval (Sarthe) chez Séché Environnement.

Rio Tinto assure avoir engagé "plus de 40 millions d'euros" dans la dépollution du site, dont 20,5 lors de la phase actuelle, qui doit lui permettre de rendre le site à "un futur usage industriel" d'ici la fin de l'année.

Interrogé sur le devenir du site, Jérôme Pécresse a indiqué que c'était plutôt aux pouvoirs publics de se positionner.

La maire de la commune, Véronique Veau, a expliqué que la dépollution, qui était attendue, n'est qu'un "commencement" avant d'"envisager ce que sera demain le quartier Saint-Louis", où est située la friche réhabilitée.

Elle a évoqué "de nouvelles activités économiques, un bord de Seine enfin rendu à ses habitants et prêt à revivre, des logements de qualité à proximité immédiate de notre gare, de nouveaux services publics..."

- Une quarantaine de sites en France -

En France, Rio Tinto "accompagne la gestion et la réhabilitation d'une quarantaine de sites" hérités notamment de Pechiney, a expliqué Julien Solana, responsable France.

Le groupe revendique avoir déjà consacré plus de 128 millions d'euros pour transformer d'anciens sites industriels, citant la production d'énergie solaire à Noguères (Pyrénées-Atlantiques) ou des activités nautiques à Castelsarrasin (Tarn-et-Garonne).

En prévision de la remise en état de sites industriels exploités ou précédemment exploités, Rio Tinto avait provisionné en France un peu moins de 435 millions d'euros à fin 2025, selon la documentation financière de l'entreprise consultée mardi par l'AFP.

Au niveau mondial, les sommes provisionnées pour la fermeture, la réhabilitation et pour les sujets environnementaux par le géant minier s'élevaient fin 2025 à 17,8 milliards de dollars (15,3 milliards d'euros au cours de mardi).