Dans une parcelle de verdure, une canalisation sème la discorde: à Dieuze, village de Moselle, les élus locaux viennent d'autoriser l'implantation d'une usine d'embouteillage d'eau. Mais ce projet, comme d'autres similaires en France, est contesté par des associations pour qui "l'eau n'est pas à vendre".
L'initiative portée par la société Sources Alma (Cristaline, St-Yorre, Vichy Célestins) dans cette ville de 3.000 habitants située à une soixantaine de kilomètres de Metz, vient de passer une étape décisive: les élus de la communauté de communes du Saulnois ont approuvé mercredi (par 79 voix contre 37) la vente à l'entreprise des terrains nécessaires.
L'objectif est de mettre en bouteilles une eau de source puisée à 750 mètres de profondeur grâce à un forage datant du début des années 2000. La future usine est "nécessaire pour le territoire" - marqué par les conséquences économiques du départ en 2011 de son régiment de parachutistes, qui employait un millier de militaires -, et même "indispensable pour la France", a vanté devant les élus le directeur général de Sources Alma, Luc Baeyens.
Mais le projet ne fait pas l'unanimité. Avant la délibération, une quarantaine d'habitants avaient manifesté, arborant des pancartes proclamant "l'eau est source de vie, pas de profit", "l'eau n'est pas à vendre contre du plastique" ou encore "l'eau en pack est opaque".
- "Luxe inutile" -
Pour Maxime Noirjean, président du collectif Eau Secours Saulnois, cette source, située dans un secteur où les taux de nitrates sont parfois trop élevés, est "préservée d'une grande partie de la pollution". "Avec tout ce qui se passe sur les nappes de surface qui sont polluées avec les nitrates, avec les pesticides, avec les PFAS, cette eau on en aura besoin", argumente-t-il auprès de l'AFP.
"La consommation de l'eau en bouteille est un luxe inutile", martèle la Coalition Stop Embouteillage, qui rassemble des opposants à de tels projets partout en France. "Surtout quand on connaît la bonne qualité générale de l'eau potable proposée aux populations malgré les pollutions", ajoute le collectif, qui s'insurge par ailleurs contre "la privatisation des régies municipales".
Dans les Vosges, non loin de Dieuze, des tensions sur les prélèvements d'eau de Vittel par Nestlé se sont également fait sentir, tout comme sur ceux du groupe Danone à Volvic (Puy-de-Dôme).
Un projet d'usine similaire est aussi dans les tuyaux à Montagnac (Hérault), où une mobilisation avait réuni plusieurs centaines de personnes en novembre. Et un autre, également contesté, pourrait voir le jour à Jonzac (Charente-Maritime), après le vote en décembre du conseil communautaire en ce sens, indique la Coalition Stop Embouteillage.
- "Engager plusieurs générations" -
A Dieuze, les élus de la communauté de communes avaient dans un premier temps rejeté le dossier fin novembre (48 voix pour, 57 contre), mais ils l'ont finalement approuvé cette semaine lors d'un deuxième vote, après l'ajout de trois conditions suspensives.
La source doit notamment être mise à disposition de l'exploitant pour 50 ans - et non pas 99 ans comme l'avait voté le conseil municipal en novembre. "On n'a pas le droit d'engager plusieurs générations", avait soulevé avant le vote Pierre Canteneur, le maire de Haboudange, village situé à une quinzaine de kilomètres de Dieuze. Lui-même avait plaidé pour un bail de 30 ans.
"Quelle est notre responsabilité pour les générations futures ?" s'était aussi interrogé Louis Bernard, élu de Dieuze.
Les deux autres conditions suspensives concernent les "conditions de retour financier pour le territoire" et le délai de réalisation de l'opération.
A présent que le texte est voté, "les démarches administratives vont pouvoir être engagées", se félicite auprès de l'AFP l'entreprise Sources Alma, soulignant que le projet reste encore "soumis à de nombreuses étapes réglementaires et autorisations à venir".
Sources Alma est visée, comme Nestlé, par une information judiciaire ouverte à Paris en février 2025 pour le traitement de ses eaux minérales, à la suite de deux plaintes de l'association Foodwatch pour "tromperie".