Passé de 35 à 140 euros le gramme en sept ans, le cours de l'or dope l'extraction aurifère en Guyane, mais cette envolée profite aussi aux 8.000 orpailleurs clandestins présents sur le territoire.
Valeur refuge face aux tensions géopolitiques mondiales et à la politique monétaire américaine, le métal jaune a vu son prix bondir de 60% sur la seule année 2025.
Cette dynamique se répercute directement sur ce territoire d'outre-mer. Selon le ministère de la Transition écologique, la Guyane concentre l'essentiel des mines ouvertes en France (102 sur 123), pour une extraction exclusivement aurifère.
Conséquence de cet engouement, les demandes d'autorisations minières explosent. En 2025, les autorités ont enregistré 52 demandes d'exploitation, contre 27 en 2024, et 83 demandes de recherche, contre 65 l'année précédente.
La trajectoire s'accélère. "25 dossiers de demandes ont été déposés durant la seule commission mine de février, contre 8 à 10 dossiers en moyenne", illustre Léo Bargès, juriste de l'association Guyane nature environnement, qui siège au sein de cette instance préfectorale d'attribution des permis.
L'envolée des cours augmente les marges et "rend accessibles des secteurs et des gisements qui économiquement n'étaient pas rentables avant", explique à l'AFP un exploitant minier de la commune de Saint-Elie (centre).
Des projets affichant une teneur très faible de 0,2 gramme d'or par tonne "sont acceptés alors qu'ils étaient refusés auparavant par les services instructeurs de l'Etat", observe M. Bargès. Il dénonce des "vannes ouvertes" avec de nombreux dossiers "de faible qualité, notamment dans leurs études d'impact".
- Pression des orpailleurs -
Pour le préfet de Guyane, Antoine Poussier, ce contexte financier offre à la filière légale l'opportunité "de se moderniser et de développer un modèle d'exploitation respectueux de l'environnement".
Mais le secteur réglementé reste "contraint par un cadre réglementaire exigeant, des coûts d'exploitation élevés en milieu amazonien et des difficultés persistantes d'accès au foncier minier", souligne Louis Legendre, chercheur en économie des ressources au Conservatoire national des Arts et métiers (CNAM). Selon lui, cette flambée "bénéficie surtout aux illégaux".
Présents depuis quatre décennies, les orpailleurs clandestins, venus du Brésil et du Suriname voisins, exercent une pression inédite.
Évalués à 8.000 par les autorités fin 2025, ils exploitent près de 600 sites recensés, pour une extraction illégale estimée entre cinq et six tonnes d'or par an.
"Ils sont partout. Nous n'avons pas le temps de déposer des permis que les gisements sont déjà exploités par eux", déplore Alexandre Briand, vice-président de la Fédération des opérateurs miniers de Guyane (Fedomg).
- Faibles retombées -
Malgré les moyens alloués pour endiguer ce fléau destructeur pour l'environnement, l'orpaillage illégal "fait preuve d'une résilience incroyable, dopée par le cours de l'or", constate Joël Sollier, procureur général près la cour d'appel de Cayenne.
Les prix élevés donnent "plus de ressources aux garimpeiros" (orpailleurs clandestins, NDLR), mais "aussi, plus d'options pour s'installer", analyse le préfet. "Des sites qui étaient moins intéressants à 50 euros le gramme le deviennent à 100 euros le gramme".
Le représentant de l'Etat insiste sur la nécessité que cette conjoncture "produise le maximum de retombées pour la Guyane", sans stimuler l'illégalité.
Un défi complexe, selon les experts économiques. "La taxation reste marginale au regard de la valeur créée par le secteur", note Louis Legendre.
Avec environ 400 emplois légaux, le secteur extractif contribue peu à l'économie locale. Un rapport de 2018 du cabinet Deloitte le qualifiait même de "secteur marchand disposant des plus faibles effets d'entraînement sur le reste de l'économie guyanaise".