En forêt de Fontainebleau, les stages de survie attirent les amoureux de la nature

Apprendre à faire un feu, à filtrer l'eau ou encore à se nourrir de plantes sauvages: en forêt de Fontainebleau (Seine-et-Marne), des stages de survie attirent des amateurs de nature en quête d'autonomie et de retour aux sources.

"Alors, je vous préviens tout de suite: on ne va pas apprendre à survivre à une attaque de zombies", prévient en rigolant David Mortelette, l'accompagnateur du groupe ce week-end.

Pendant ces 48H de stage, il n'est pas question d'apprendre à survivre à une attaque nucléaire ou à un effondrement de la civilisation.

"L'objectif, c'est surtout d'apprendre aux gens des techniques pour pouvoir se débrouiller en pleine nature", rappelle l'ancien policier ferroviaire et ancien pompier volontaire de 47 ans. "S'ils devaient se perdre en randonnée, en voyage, ou tout simplement pour augmenter leur autonomie en pleine nature".

Face à lui, huit stagiaires de 17 à 60 ans, munis de sac à dos de randonnée et de chaussures de marche, acquiescent en silence. Parmi eux, Mylène, une mère de famille qui s'est inscrite pour se sentir en confiance avant de se lancer sur le GR20 en Corse ou Chloé et Clément, un couple de trentenaires rennais qui s'est découvert une passion pour l'observation des animaux de nuit.

Le stage démarre une fois que tous ont reçu des mains du formateur un couteau de survie.

David Mortelette s'arrête devant un buisson d'orties. "Ce que vous allez consommer c'est les quatre dernières feuilles sur la tige, les plus jeunes", explique-t-il, en encourageant ses stagiaires à saisir les feuilles par en-dessous pour éviter les piqûres.

Au cours de la journée, les stagiaires découvriront le pissenlit, le lamier pourpre au goût de champignon et le cynorrhodon, le fruit comestible et acidulé de l'églantier.

- "Retour à l'instinct primaire" -

Selon les chiffres du gouvernement, près de 10.000 personnes participeraient chaque année à un stage de survie, au cours de quelque 1.500 sessions organisées en France.

La pandémie de Covid a ravivé l'intérêt pour ces pratiques. Selon David Mortelette, cet engouement s'explique à la fois par la peur suscitée par la crise sanitaire et le besoin d'air libre après des mois de confinement. "Les gens ont redécouvert la nature qui les entoure", résume-t-il.

"Ce qui m'intéresse surtout c'est le côté débrouillard", confie Jordan, 30 ans, conseiller dans une concession automobile, qui a fait la route depuis Châlons-en-Champagne dans la Marne.

Un peu à l'écart du chemin de terre sablonneuse typique de la forêt de Fontainebleau, l'instructeur, carrure imposante et grosse barbe châtain, demande à ses stagiaires de sortir leur couteau de survie.

Devant eux, un amas de bouleaux morts sur lesquels ils vont prélever de fines écorces sèches qui serviront à allumer le feu du bivouac pour la nuit.

"C'est un peu un retour à l'instant primaire", glisse Jordan, le couteau à la main.

- Flou juridique -

Même constat pour Myriam, habitante d'Ile-de-France, qui accompagne son mari: "Je trouve ça très intéressant de redécouvrir des techniques de base qui ont été utilisées par nos ancêtres pendant des centaines d'années, voire des milliers d'années".

David Mortelette encadre des stages depuis cinq ans. Il est titulaire d'un diplôme de premiers secours en milieux isolés, ainsi que de qualifications liées aux activités de plein air.

Mais il existe un flou juridique autour de la formation des encadrants.

Depuis le décès d'un stagiaire de 26 ans survenu en Bretagne en 2020 après l'ingestion d'une plante toxique, le gouvernement recommande que les formateurs disposent des qualifications exigées pour toute activité réglementée intégrée au programme du stage.

Sur un terrain dégagé recouvert d'épines de pin, le groupe fait halte pour la nuit. C'est le moment pour les stagiaires de sortir les écorces de bouleaux.

"Vous allez gratter", explique David Mortelette, en joignant le geste à la parole. Il s'agit de récolter de la poudre d'écorce, un très bon allume-feu naturel.

Réunis autour d'un brasero pour éviter les départs de feu, les huit stagiaires s'entrainent et après plusieurs essais infructueux, parviennent à obtenir une flamme.

Au menu du soir, pas de soupe d'orties ni de pistou de pissenlit: chacun sort sa propre gamelle, réchauffée sur le feu que David vient d'allumer.