En Alsace, un coup de pouce aux agriculteurs qui protègent l'eau

Dans le grand Ried, territoire alsacien de prairies très affecté par les canicules cet été, la préservation de l'eau potable est plus que jamais un enjeu qui passe aussi par récompenser les agriculteurs décidés à en prendre soin.

"Ici, on est un peu pionnier, parce qu'on était parmi les premiers au niveau national à mettre en place ce dispositif de PSE", à savoir "paiements pour services environnementaux", explique Marie Seyer, chargée de mission au Syndicat des eaux et de l'assainissement (SDEA) Alsace-Moselle.

Le dispositif, lancé en 2020 dans toute la France, consiste à inciter les agriculteurs à tester des nouvelles techniques, diversifier leurs cultures en y intégrant des plantes peu gourmandes en engrais ou en eau, et recevoir en échange une rétribution financière.

Sur le secteur autour de l'aire de captage d'eau d'Hilsenheim, à une quarantaine de kilomètres au sud de Strasbourg, neuf agriculteurs ont joué le jeu dès le début, rejoint en 2024 par neuf autres.

Leurs efforts ont porté leurs fruits. "On voit une nette amélioration. En terme de réduction des herbicides, notamment, on est passé à moins 30% sur les exploitations qui sont en PSE entre 2020 et 2025", pointe Marie Seyer.

La rémunération des producteurs varie en moyenne entre 65 et 85 euros l'hectare, le tout étant financé à 80% par l'Agence de l'eau et le reste par le SDEA, qui fédère des communes et des groupements de communes dont l'Eurométropole de Strasbourg, la Collectivité européenne d'Alsace et la région Grand Est.

- Sorgho, silphie et chanvre -

Sur les zones où le SDEA Alsace-Moselle a lancé un tel programme, quelque 361.000 euros ont été distribués pour l'année 2025 aux 49 exploitations participantes, précise Mme Seyer.

Aurélien Oechsel, 35 ans, qui dirige avec son associé une exploitation d'élevage laitier et de polycultures (maïs, pommes de terre, blé), y participe depuis le début.

"Historiquement, sur l'exploitation, on a toujours aimé travailler les couverts", des semis intermédiaires entre deux cultures principales, permettant d'éviter un sol à nu et un lessivage des nitrates notamment dans la nappe phréatique.

Épaulé par la chambre d'agriculture et le SDEA, ils décident d'en faire plus et sèment des plantes tels que le sorgho ou le sarrasin, qui nécessitent peu d'eau.

Désormais, leur exploitation cultive 55% de cultures dites à "bas niveaux d'impact" (BNI).

"Pour nous c'est très rentable (...), c'est une bonne démarche et on voit une amélioration de nos sols", assure M. Oechsel.

Parmi les autres cultures vertueuses promues par la SDEA figurent le chanvre, dont on peut tirer de l'huile et des isolants pour le bâtiment.

S'ajoute la silphie, haute plante aux fleurs jaunes originaire d'Amérique du Nord, appréciée à la fois pour "son aspect de protection de l'eau, mais aussi pour son pouvoir méthanogène", explique Coralie Welsch, chargée de mission à la protection des eaux souterraines du SDEA Alsace-Moselle.

La plante alimente la station d'épuration de Herbsheim/Benfeld, où, mélangée à des boues d'épuration, elle permet de produire du biogaz proposé ensuite en gaz de ville, dit-elle.

- S'adapter au climat qui change

Sur le captage d'Hilsenheim, l'eau est potable, même si sa teneur en nitrate (35 milligrammes par litre) est surveillée de près, sachant que la limite est de 50 mg/L, détaille Franck Hufschmitt, directeur de la transition écologique du SDEA.

Mais ailleurs comme à Mommenheim, à 20 km au nord de Strasbourg, des puits ont dû être "neutralisés" ces dernières années car trop pollués, dit-il.

En 40 ans, plus de 14.000 captages d'eau ont disparu en France, à 41% du fait de pollutions agricoles, selon les statistiques officielles.

Rendre l'eau de nouveau potable peut prendre des décennies. D'où l'importance de développer progressivement avec les exploitants agricoles des méthodes permettant de limiter la dérive des polluants.

Il faut de "nouvelles cultures plus adaptées au climat qui change", estime M. Hufschmitt, soulignant aussi que plusieurs secteurs du Ried ont été déclarés par arrêté préfectoral en crise sécheresse cet été, réduisant drastiquement l'irrigation.

Pour lui, le maïs, une culture dominante dans la région qui a besoin d'être arrosé en période estivale, "n'est plus adapté" à l'Alsace.