La filière porcine française s'est inquiétée mardi d'évolutions de la réglementation européenne proposées par Bruxelles, qui pourraient pousser les éleveurs à abandonner les porcheries "trop vieilles" pour être modernisées en vue de réduire leurs émissions de polluants.
Le président de l'interprofession Inaporc Philippe Bizien ne mâche pas ses mots et affirme que l'élevage porcin français est menacé de "disparition" par l'application proposée par Bruxelles de la directive sur les émissions industrielles.
Ce texte européen qui date de 2010 encadre les émissions de différentes industries polluantes. Les élevages de porcs et de volailles sont inclus en raison de leurs rejets dans l'air et l'eau (ammoniac, méthane, nitrates, gaz à effet de serre...), ce que dénoncent les filières françaises qui souhaitent être exclues de la directive, comme le sont les bovins.
Une première réforme actée en 2024 a au contraire élargi le nombre d'élevages entrant dans le champ d'application de la directive.
"Aujourd'hui, 8% des élevages porcins français sont concernés, cet abaissement des seuils fait que 40% des élevages français seront concernés", a précisé la directrice d'Inaporc Anne Richard.
Au-delà des seuils, la filière s'inquiète de mesures complémentaires présentées par Bruxelles fin 2025, qui pourraient être "finalisées en mars" et entrer en vigueur "à partir de 2030", selon Inaporc.
Ces mesures consisteraient à demander aux éleveurs d'installer des "laveurs d'air" dans les porcheries, pour capter les émissions polluantes, ou des "racleurs" pour ramasser les excréments sous les bâtiments. Des aménagements "tout simplement impossibles" dans les "vieux bâtiments" d'élevage français, qui constituent la majeure partie du parc, selon Inaporc.
Bruxelles n'a pas pu réagir dans l'immédiat à une sollicitation de l'AFP sur ces mesures.
L'interprofession propose des mesures "qui réduisent d'autant les émissions" comme la "couverture des fosses à lisier" ou "l'installation de méthaniseurs", mais elle demande de pouvoir le faire "sans contraintes" et dans des délais permettant aux éleveurs d'investir.
Les filières du porc et de la volaille demanderont officiellement au Salon de l'agriculture, qui se tiendra à partir du 21 février à Paris, à sortir de cette directive européenne.
Ces propositions sont de nature à renforcer les inquiétudes des associations de protection de l'environnement, mobilisées mercredi à Paris contre la loi dite "Duplomb" qui a déjà facilité l'agrandissement et la création de bâtiments d'élevages intensifs.